Il est des vérités qu’on tait par confort, par prudence, ou par cette complaisance maladive qui consiste à flatter là où il faudrait bien bousculer.
Or, la diaspora algérienne, cette immense constellation humaine dispersée entre l’Hexagone et d’autres rives, ne peut plus se contenter de se draper dans le statut éternel de victime.
Depuis des décennies, ses complaintes se suivent et se ressemblent, comme un vieux disque rayé. Premier refrain : le prix des billets d’Air Algérie, jugé exorbitant. Pourtant, les mêmes tarifs, parfois plus élevés et plus stricts, sont appliqués par les compagnies françaises sans provoquer le même vacarme.
Second couplet : les douanes algériennes, accusées d’un zèle tatillon à l’égard des cargaisons hétéroclites – valises surchargées de marchandises de solderies, appareils d’occasion et denrées de supermarchés low-cost, entassés dans des véhicules aux amortisseurs épuisés. Comme si l’Algérie devait, par principe, suspendre toute rigueur et dérouler le tapis rouge à ces convois d’objets dérisoires.
Vient ensuite la litanie contre «l’abandon» par les autorités algériennes. Un procès d’intention qui ignore une évidence : un État, quel qu’il soit, ne peut se substituer à la responsabilité individuelle.
Sous la présidence de Tebboune, des mains ont pourtant été tendues : incitations à investir dans l’immobilier local, appels à transférer compétences et technologies, dispositifs d’accompagnement pour qui veut contribuer. Mais combien ont répondu autrement que par des critiques amères, souvent adressées depuis le confort matériel des guettos européens ?
La vérité, aussi âpre soit-elle, est que cette diaspora alimente elle-même certains fléaux qu’elle dénonce.
Le marché parallèle de la devise, cette plaie économique, vit et prospère en grande partie grâce à ses propres transactions clandestines. On se gargarise d’amour pour le pays, tout en contournant ses lois et en affaiblissant ses institutions.
La comparaison avec les diasporas tunisiennes et autres égyptiennes, marocaines… est éclairante.
Là où elles affichent discipline, solidarité active et stratégies d’influence positive, la diaspora algérienne donne trop souvent le spectacle d’une communauté divisée, prompte à l’invective, lente à l’action constructive.
Il est temps, grand temps, que cette diaspora se regarde sans fard dans le miroir. Qu’elle cesse d’ânonner les mêmes doléances et qu’elle se forge des forces vitales – économiques, culturelles, politiques – qui en fassent un atout pour la nation et non une simple caisse de résonance de frustrations. Car, le jour viendra, inévitable, où seule l’Algérie tendra encore les bras à ceux que l’Histoire ou les crises auront rejetés. Et ce jour-là, mieux vaudra revenir en bâtisseur qu’en quémandeur.
Samir Mehalla
