«L’essentiel n’est pas de réaliser une croissance rapide, mais une croissance durable qui ne s’effondre pas au premier choc», a affirmé le professeur Ahmed El Hidoussi, invité de l’émission «Invité du matin» de la Radio Chaîne I de la Radio algérienne.
L’enseignant en sciences économiques à l’Université d’Alger est revenu, à cette occasion, sur les principales orientations issues du dernier Conseil des ministres, notamment celles liées à la construction d’une économie nationale plus solide et moins exposée aux chocs extérieurs.
D’emblée, il a souligné que «la prochaine étape doit être au niveau des ambitions de l’Algérie», en référence à un modèle fondé sur «une puissance économique sécurisée et diversifiée». Rappelant le contexte international marqué par des crises successives, il a indiqué que les États ne recherchent plus uniquement la croissance, mais «une croissance accompagnée de sécurité économique».
Selon l’intervenant, la solidité d’une économie ne se mesure pas uniquement à la taille de son produit intérieur brut, mais à sa capacité à «s’adapter aux changements et absorber les chocs». Cette approche a été illustrée par les crises pétrolières de 1986 et de 2014, durant lesquelles l’économie algérienne avait été fortement affectée par la baisse des prix des hydrocarbures.
Dans ce cadre, il a défini le concept de sécurité économique comme «la capacité de l’État à répondre aux besoins essentiels des citoyens, notamment alimentaires, dans un contexte de transformations rapides». Il a précisé que «l’essentiel n’est pas de réaliser une croissance rapide, mais une croissance durable qui ne s’effondre pas au premier choc».
Des atouts à faire valoir
Abordant la question de la résilience, il a indiqué que l’Algérie dispose de certains atouts, notamment en matière de sécurité alimentaire, reposant sur «la production nationale, les ressources financières et les infrastructures». Toutefois, il a relevé que l’économie nationale reste «vulnérable à long terme» en raison de sa dépendance aux hydrocarbures, lesquels représentent l’essentiel des exportations.
Dans ce contexte, il a présenté la diversification économique comme une nécessité. «Il ne faut pas dépendre d’une seule ressource», a-t-il déclaré, soulignant que les économies reposant sur un seul secteur sont exposées à des risques importants en cas de crise. Il a également indiqué que la planification économique doit s’appuyer sur des «objectifs précis, définis dans le temps».
En outre, l’invité de la Radio nationale a estimé que le pays pourrait devenir «un point de rencontre entre l’Europe et l’Afrique», ainsi qu’une plateforme d’échanges entre «l’Est et l’Ouest», à condition de renforcer les infrastructures, notamment portuaires et ferroviaires.
Concernant le secteur minier, identifié comme prioritaire, il a rappelé que l’Algérie dispose de ressources importantes, notamment en fer, phosphate, zinc et lithium. Toutefois, a-t-il relevé, «l’exportation de matières premières à l’état brut ramène à un modèle rentier», soulignant la nécessité de leur transformation locale afin de créer de la valeur ajoutée.
Repenser les priorités
Ahmed El Hidoussi a également abordé la question du modèle social, estimant que les politiques de soutien mises en place depuis l’indépendance ont permis de répondre à des besoins essentiels, mais que leur maintien à grande échelle pose aujourd’hui des défis.
Le professeur Ahmed El Haïdoussi a plaidé pour le passage «d’une logique de redistribution à une logique de production», en évoquant la nécessité de repenser les priorités économiques. Sur le plan du commerce extérieur, il a relevé que l’Algérie a enregistré un excédent commercial ces dernières années, ce qui a contribué à renforcer ses réserves en devises.
Toutefois, il a souligné que la sécurité économique passe également par «la production locale de biens stratégiques» et le développement des capacités logistiques. Enfin, s’agissant du secteur agricole, l’accent a été mis sur la nécessité d’améliorer les rendements et de réduire les pertes, estimées entre 10 et 20 % dans certaines filières.
L’invité de la Radio nationale a indiqué que l’objectif est d’atteindre «l’autosuffisance, notamment en blé dur», tout en développant les capacités d’exportation. L’ensemble de ces éléments a été présenté comme s’inscrivant dans une démarche visant à renforcer la capacité de l’économie algérienne à faire face aux mutations internationales et à assurer une croissance durable.
Sara Mekla
