Ces derniers mois, quelques signaux ont laissé entrevoir un léger apaisement. Les échanges diplomatiques ont repris, des visites officielles ont eu lieu.
Dans les milieux économiques, l’attente est palpable. Cependant, le silence imposé par les deux parties ne laisse rien transparaître. Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, l’a récemment évoqué : la France et l’Algérie ont décidé de ne pas communiquer sur leurs engagements respectifs depuis la reprise du dialogue en février dernier.
Cette décision, volontairement instaurée par les deux parties afin d’éviter d’éventuelles interférences, notamment celles provenant de la droite française, vise à instaurer un climat serein et propice à la détente. En effet, chaque fois que les deux pays avancent sur une initiative ou un projet commun, des voix s’élèvent en France pour tenter de les torpiller.
Ainsi, la venue de la délégation du Medef, qui a séjourné en Algérie jeudi et vendredi derniers pour rencontrer son homologue du CREA, pourrait marquer un tournant dans les relations économiques entre les deux pays. Cependant, cet événement n’a pas bénéficié de la couverture médiatique qu’il mérite. Aucune des deux parties n’a communiqué à ce sujet. Ce qui est évident, c’est que le président du Medef, Patrick Martin, est venu pour impulser une nouvelle dynamique à cette relation.
«La proximité et la nécessité de réorienter notre activité économique sont nécessaires aujourd’hui», a-t-il déclaré avant son déplacement à Alger. Parle-t-il d’une nouvelle politique, différente de celle observée jusqu’à présent, ou s’agit-il d’une réorientation centrée sur des investissements qui, jusqu’ici, étaient en deçà des attentes ?
Un maintien dans un contexte concurrentiel
Les investissements français en Algérie se maintiennent depuis 2020, dans un contexte de diversification des partenaires de l’Algérie. Même si la France reste un investisseur de premier plan (avec un stock d’IDE de 2,8 milliards d’euros en 2023, soit la 3e position), elle est de plus en plus concurrencée par l’Italie et les États-Unis. Les échanges se concentrent principalement sur l’industrie (transports, pharmacie).
La France est le 3e investisseur étranger en stock d’IDE en Algérie, représentant environ 10 % du total des IDE. Hors hydrocarbures, elle reste l’un des partenaires majeurs, avec des investissements ciblant notamment le matériel de transport (automobile), l’industrie pharmaceutique, la chimie, les parfums et l’agroalimentaire.
Patrick Martin a notamment pour objectif de «rencontrer des chefs d’entreprise» locaux et de tisser les liens d’une
«nouvelle coopération» économique et industrielle entre la France et l’Algérie, comme l’a indiqué l’organisation patronale dans un communiqué. Michel Bisac, président de la Chambre de commerce algéro-française, a qualifié de «très bonne chose» cette visite, espérant qu’elle sera fructueuse et qu’elle marquera «une reprise normale de la relation économique» entre les deux pays.
Le patron du Medef vient avec une idée simple : remettre les entreprises au centre du dialogue. Sur place, les échanges devraient s’organiser autour de forums bilatéraux. Les thèmes choisis en disent long, avec la présence du Medef comme fil conducteur : sécurité alimentaire, transition énergétique, avec des projets autour du solaire et de l’hydrogène vert, santé, numérique et BTP. Face à cela, les entreprises françaises cherchent surtout à rassurer sur leur engagement dans la durée.
Les défis à relever
Selon certaines estimations, les entreprises françaises auraient perdu près de 2 milliards d’euros d’opportunités récentes. Ce chiffre, qui circule, inquiète en France et explique en partie ce retour sur le terrain. Malgré les épisodes de crispation, les échanges commerciaux n’ont pas disparu.
En 2024, ils ont atteint 11,1 milliards d’euros, selon les données de la Direction générale du Trésor. Dans le détail, la France exporte davantage de biens transformés, tandis que l’Algérie reste un fournisseur clé en hydrocarbures.
Sur le terrain, plusieurs grandes entreprises françaises sont toujours implantées. TotalEnergies en tête, mais aussi des banques et des groupes industriels. Certains chefs d’entreprise français le disent : il faut œuvrer à rétablir les connexions économiques malgré les tensions diplomatiques. La visite de Patrick Martin s’inscrit parfaitement dans cette logique : tester, renouer, voir ce qui est encore possible, et peut-être reconstruire un cadre plus stable, pas parfait, mais fonctionnel.
H. Adryen
