Les premiers éléments de l’enquête évoquent un court-circuit provoqué par la surchauffe d’un climatiseur.
Un incendie d’une rare violence a endeuillé l’Algérie dans la nuit de mercredi à jeudi dernier. Le sinistre, survenu dans l’Établissement de l’enfance assistée de Mohammadia, dans la wilaya d’Alger, s’est déclaré vers 3h30 du matin, pendant le sommeil des résidents. Les secours sont rapidement intervenus pour combattre les flammes, évacuer les pensionnaires et porter assistance aux victimes. Les services de la Protection civile d’Alger sont parvenus à éteindre l’incendie à l’aube.
Une défaillance électrique en cause
A la suite de l’incendie, les équipes spécialisées de la Direction générale de la sécurité nationale ont immédiatement ouvert une enquête afin de déterminer les circonstances exactes de ce tragique incident. Dans un communiqué publié hier, la DGSN a indiqué que «l’examen des lieux par les experts médico-légaux et les techniciens de la police scientifique a permis d’établir que l’incendie a été provoqué par une étincelle électrique provenant d’un climatiseur situé dans une pièce au premier étage du bâtiment».
«Cette étincelle est due au fonctionnement continu du climatiseur en raison des températures élevées», a ajouté la même source. La DGSN a précisé que «l’enquête sur cette affaire reste ouverte par les services compétents de la Sûreté nationale» afin de déterminer d’éventuelles autres responsabilités ou défaillances systémiques au sein de la structure d’accueil.
Lourd bilan humain
Ce drame a coûté la vie à 11 personnes, dont 6 enfants orphelins et une éducatrice, selon les services de la Protection civile. 19 autres personnes ont été blessées, dont 17 qui ont subi des brûlures de gravité variable, transférées au grand hôpital des grands brûlés de Zéralda, et d’autres blessés ont été transférés à l’hôpital Mustapha- Pacha de la capitale. Par ailleurs, 7 autres personnes ont subi un traumatisme psychologique, et 5 personnes ayant des besoins particuliers ont été prises en charge et déplacées vers un lieu sûr, au sein d’un autre établissement pour enfants pris en charge.
Conditions d’intervention difficiles
La Protection civile a précisé que les opérations de secours se sont déroulées dans des conditions difficiles en raison de l’intensité des flammes et de la configuration des lieux. Les équipes ont dû intervenir dans un environnement complexe, ce qui a nécessité le déploiement de moyens spécialisés. Pour maîtriser l’incendie, la Protection civile a mobilisé 10 camions anti-incendies, 16 ambulances, une équipe spécialisée dans les interventions en zones difficiles d’accès, deux camions équipés d’échelles mécaniques, ainsi qu’un renfort de l’Unité nationale de formation et d’intervention.
Onde de choc nationale
Ce drame a suscité une profonde émotion. Le président Abdelmadjid Tebboune, alors en déplacement en Allemagne, a exprimé sa tristesse face au décès de ces «enfants de l’Algérie».
De son côté, le Premier ministre s’est rendu au chevet des rescapés hospitalisés dans les hôpitaux de Zéralda et Mustapha-Pacha. Un élan de recueillement a rassemblé, hier, une foule impressionnante d’anonymes venus assister aux obsèques des victimes au cimetière de Sidi Rezine, au sud d’Alger. Ce drame ouvre la voie à de nombreuses questions sur les conditions de gestion de ces structures. L’organisation des espaces, les issues de secours, les procédures à suivre en cas d’urgence, les équipements anti-incendie, tout cela relève de la responsabilité de la direction de cette institution.
Certes, l’enquête se poursuit pour définir les tenants et les aboutissants de ce drame. Par ailleurs, la ministre de la Solidarité nationale, dont dépend cette structure, a tenu une réunion d’urgence pour étudier un ensemble de mesures visant à renforcer davantage le système de sécurité et de prévention au sein des institutions du secteur. Reste que le drame de Mohammadia a ravivé chez la population le souvenir de l’incendie meurtrier d’une maternité à Oued Souf, en septembre 2019, qui avait coûté la vie à 8 nourrissons.
Ce sinistre avait provoqué une vague de colère nationale en Algérie, mettant en lumière de graves défaillances de sécurité et de maintenance au sein des structures sanitaires de la région.
S. Smati
