Alors que les autorités sanitaires nationales ne rapportent officiellement que cinq cas confirmés de diphtérie à Skikda, la situation sur le terrain, notamment dans le sud du pays, inquiète les professionnels de la santé. Le Dr Elias Akhamoukh, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Tamanrasset, tire la sonnette d’alarme sur une réalité bien plus préoccupante.
«A Tamanrasset, nous recevons des cas de diphtérie chaque semaine depuis mars 2023. L’année dernière, l’hôpital de Tamanrasset a enregistré 511 cas, dont 95 % étaient des cas étrangers», affirme le Dr Akhamoukh dans une déclaration à Crésus. Le danger principal réside selon lui dans la gravité des formes non traitées, particulièrement chez les personnes non vaccinées. Le Dr Akhamoukh rappelle que «le taux de mortalité chez les non-vaccinés peut atteindre 30%». Le traitement repose sur l’administration d’un sérum antidiphtérique, associé à des antibiotiques pour neutraliser la bactérie responsable (Corynebacterium diphtheriae). Toutefois, la prise en charge doit être rapide et s’accompagnera de mesures d’isolement en milieu hospitalier, afin d’éviter la contagion, affirme le docteur Akhamokh. Face à cette résurgence, le chef de service insiste sur un point crucial : «La prévention par la vaccination». Si les enfants reçoivent le vaccin dans le cadre du calendrier national, les adultes oublient souvent de faire leurs rappels. «Il faut insister sur la vaccination des enfants, c’est très important. Et les adultes doivent faire un rappel tous les 10 ans», souligne Akhamoukh. Dans une région comme Tamanrasset, où les flux migratoires sont intenses et où la vaccination n’est pas toujours bien assurée, la vigilance est de mise.
La majorité des cas recensés concernent des personnes étrangères, ce qui pose la question de la coopération sanitaire transfrontalière et du renforcement des contrôles sanitaires aux frontières. «Il est possible que d’autres cas suspects existent, sans qu’ils aient été officiellement reconnus», affirme le Dr Akhamoukh. Le cas de Tamanrasset montre que la diphtérie n’est pas un souvenir du passé, mais bien une menace sanitaire active, qui peut s’étendre si elle n’est pas contenue par des mesures coordonnées à l’échelle nationale.
K.Z.
