Pour Alger, les Émirats incarnent un projet d’influence mêlant argent, sécurité et médias, reposant sur des alliances extra-arabes pour redessiner les rapports de force en Afrique du Nord et au Sahel.
Dans un contexte régional troublé, le président de la Réopublique, Abdelmadjid Tebboune, a brisé le mur des courtoisies arabes en pointant du doigt un pays arabe.
«Nous n’avons aucun problème avec les pays du Golfe, sauf avec un seul pays que je ne citerai pas. Nous coopérons quotidiennement avec nos frères, qu’ils soient Saoudiens, Qataris ou Omanais. Le problème vient de celui qui cherche à semer le désordre chez moi pour des raisons suspectes. Certains se sont permis d’intervenir dans des affaires où même de grandes puissances se sont vu refuser l’ingérence», a déclaré le chef de l’Etat, lors d’une émission spéciale diffusée vendredi soir par la télévision algérienne, consacrée à sa visite, la veille, au siège du ministère de la Défense nationale. Selon des observateurs, l’allusion est à peine voilée. Un message clair affirmant qu’Abou Dhabi agit en dehors des normes fraternelles, exploitant l’argent, la politique et les médias pour transformer les crises arabes en plate-formes d’influence. Revenant sur les déclarations du chef de l’Etat, l’agence Emirates Leaks révèle l’activation par Abou Dhabi d’une «machination médiatique visant à ternir l’image de l’Algérie, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays».
La propagande médiatique
Sous l’intitulé «L’Algérie dévoile l’ingénierie d’influence des Émirats et expose ses complots déstabilisateurs», le rapport qualifie ces actions de tentatives d’Abu Dhabi d’étendre son influence dans la région du Sahel au détriment du rôle traditionnel de l’Algérie. Le rapport indique aussi qu’Abu Dhabi a activé sa machine médiatique, à l’image de la chaîne Sky News Arabia, pour propager des récits visant à diaboliser l’Algérie et à fragiliser son identité nationale et sa cohésion sociale, en utilisant une stratégie similaire à celle employée auparavant par certaines interventions étrangères dans d’autres pays arabes. En agissant de la sorte, Abou Dhabi ne se contente pas d’un simple parti-pris, mais devient un acteur diffusant des récits qui cherchent à marginaliser l’Algérie et à légitimer l’ingérence dans ses affaires internes, relève Emirats Leaks.
Un ambassadeur aux missions extra-diplomatiques
Dans son récit, le média Emirates Leaks rappelle le dernier voyage au Sahel de l’ambassadeur émirati en Algérie, Youcef Saif Khamis Al-Ali. Un diplomate soupçonné par Alger d’agissements suspects et de tentatives de déstabilisation, tant au niveau national qu’au sein de la région sahélienne, notamment à travers ses déplacements fréquents au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Des déplacements dont l’objectif d’affaiblir le rôle stratégique de l’Algérie, en soutenant des régimes fragiles ou issus de coups d’État, afin d’imposer de nouveaux équilibres excluant l’Algérie, tout en légitimant la présence d’Abou Dhabi comme acteur sécuritaire et financier majeur dans le Sahel, estime Emirats Leaks.
Un réseau d’influence transcontinental
Revenant sur les accords d’Abraham, le rapport d’Emirats Leaks relève que l’expansion émiratie est étroitement liée à la normalisation avec l’entité sioniste. D’autant, ajoute-on, que les Accords d’Abraham ne se sont pas limités au Golfe, mais ont pénétré l’Afrique, où convergent les intérêts émiratis et sionistes en matière d’énergie, de sécurité et de télécommunications. Ce réseau d’influence transcontinental est financé par les Emirats, tandis que l’entité sioniste fournit les outils de contrôle, notamment la technologie et le renseignement, alors que la couverture politique occidentale assure l’impunité. En somme, un projet d’expansion géopolitique transfrontalier mettant sous pression l’espace stratégique algérien, du Sahel à l’ouest de la Méditerranée.
M.A.
