Entre flambée des prix, effondrement des services publics et répression croissante, le Maroc s’enfonce dans une crise profonde.
Le Maroc s’embrase. Est-ce la fin de la monarchie au Maroc ? La chute du roitelet Mohammed VI est-elle imminente, tant son trône vacille ? Et pour cause, plusieurs villes marocaines ont été le théâtre, samedi dernier, de manifestations réclamant une amélioration des conditions sociales, économiques et politiques. Partout, les mêmes revendications : fin de la corruption, priorité à la santé, à l’éducation et à la dignité. Des manifestations violemment réprimées par les forces royales, avec des arrestations à la clé, en violation flagrante des droits et libertés fondamentales. Des centaines de jeunes marocains ont été arrêtés par la police du Makhzen, hier, dans plusieurs villes du pays pour le deuxième jour consécutif de manifestations populaires réclamant une réforme du système éducatif et des services de santé publique, indique une association de défense des droits humains. Cette répression a suscité l’indignation de plusieurs organisations de défense des droits humains, qui ont qualifié cette situation de «dérive sécuritaire dangereuse», susceptible d’envenimer davantage le climat social. Une répression dénoncée, également, par les partis d’opposition et des organisations de la société civile, qui exigent la libération des jeunes manifestants. Ces mouvements de protestation, qui ont mobilisé des milliers de jeunes, sont survenus à la suite d’un appel lancé par des activistes sur les réseaux sociaux sous le nom de «Génération Z». Cependant, les autorités ont répondu par une répression brutale, entraînant de nombreuses arrestations.
Le malaise d’une génération
Lancé à la mi-septembre, le mouvement s’inscrit dans un climat social tendu. Au Maroc, les inégalités sociales restent un problème majeur qui touche principalement les jeunes et les femmes. Un chômage avoisinant les 30 % de jeunes, une inflation galopante, et un scandale sanitaire après la mort de huit femmes enceintes, admises pour des césariennes, dans un hôpital à Agadir. Ses slogans – «Liberté, dignité, justice» ou encore «Des stades, il y en a, mais où sont les hôpitaux ?» – dénoncent le fossé entre les grands projets sportifs (CAN 2025, Coupe du Monde 2030) et l’échec des services publics. En somme, l’expression du malaise d’une génération. Une génération «livrée à elle-même», qui a décidé de ne plus se taire. Une génération connectée, consciente de ses droits, refusant à la fois la récupération politique et la répression sécuritaire, et plaçant la dignité citoyenne au cœur de ses revendications. D’autant que depuis au moins une décennie, les manifestations au Maroc ont souvent porté sur les inégalités régionales et les choix budgétaires du gouvernement à Rabat.
La fuite en avant
Comme à l’accoutumée, les responsables marocains ont nié avoir donné la priorité aux dépenses liées à la Coupe du monde au détriment des infrastructures publiques, affirmant que les problèmes auxquels est confronté le secteur de la santé étaient hérités du passé. Au début du mois, le Premier ministre marocain milliardaire Aziz Akhannouch a défendu ce qu’il a qualifié de «réalisations majeures» du gouvernement dans le secteur de la santé. «Nous avons mené à bien des réformes, augmenté les dépenses et nous sommes en train de construire des hôpitaux dans toutes les régions du pays», a déclaré Azzid Akhannouch, également maire d’Agadir. «L’hôpital d’Agadir est confronté à des problèmes depuis 1962… et nous essayons de les résoudre», a-t-il admis.
Le peuple a faim
Cette mobilisation de la jeunesse intervient dans un contexte de colère populaire généralisée qui secoue le royaume ces derniers temps. En effet, entre flambée des prix, effondrement des services publics et répression croissante, le Maroc s’enfonce dans une crise profonde. Pire encore, plutôt que de prendre des mesures pour redresser la situation, le Malkzen se lance dans la course à l’armement. Pendant que la population subit les crises à répétition, les cas d’abus de pouvoir et de corruption se multiplient, le Makhzen a commandé 35 chasseurs F-35 furtifs pour un montant estimé à 17 milliards de dollars, incluant l’achat, la protection et la maintenance des avions pendant 45 ans. C’est dire que le bien-être du peuple marocain est loin le dernier souci du Makhzen. Néanmoins, la révolte populaire marque une évolution majeure de l’activisme au Maroc. En s’organisant exclusivement via les réseaux sociaux, sans leaders identifiés ni structure partisane, «Gen Z 212» échappe aux canaux traditionnels de médiation et complique la réponse des autorités.
Sa stratégie numérique, inspirée des mouvements de mobilisation, révèle une fracture entre une jeunesse mondialisée, en quête de transparence et de résultats concrets, et un pouvoir toujours ancré dans un mode d’organisation vertical.
Synthèse Badis B.
