En 2021, l’Algérie a demandé la réhabilitation des sites contaminés et la remise des cartes de localisation des déchets enfouis, restées jusque-là inaccessibles.
La France et l’Algérie discutent de la décontamination des sites d’essais nucléaires (Reggane, In Ekker), de la remise des cartes d’exposition aux radiations, et de l’indemnisation des victimes algériennes, sujets complexes qui bloquent la réconciliation mémorielle, bien que des accords de principe existent, notamment pour la reconnaissance des dommages sanitaires et la décontamination, toujours en négociation.
Selon un parlementaire algérien qui s’est confié au média français Marianne, la France aurait donné son accord de principe pour la satisfaction des revendications algériennes concernant la décontamination des sites nucléaires, la remise des cartes et enfin l’indemnisation de visites des essais nucléaires.
Aussi, le lourd dossier de la mémoire, qui empoisonne les relations entre les deux pays serait peut-être en voie d’être résolu. Mais les discussions en cours entre les deux délégations butent sur des aspects concrets de cette problématique.
C’est le cas de la lancinante et complexe question des essais nucléaires français dans le Sahara algérien. Les Algériens réclament trois actes à la France : la remise des cartes des essais nucléaires, la décontamination des sites concernés et, enfin, l’indemnisation des victimes des expérimentations qui ont eu lieu entre 1961 et 1977. «La partie française a donné un accord de principe. Mais sans plus pour l’instant», a confié à un parlementaire algérien ayant participé à des discussions entre les deux parties.
Plusieurs études indépendantes ont prouvé que 12 des 13 essais souterrains menés à In Ekker entre 1961 et 1966 avaient entraîné des fuites radioactives.
Le 13 février 1960, à Reggane, dans le Sahara, la France procédait à son premier essai nucléaire, baptisé «Gerboise bleue» : une bombe au plutonium d’une puissance de 70 kilotonnes, trois à quatre fois plus puissante que celle d’Hiroshima.
Au sol, les autorités françaises avaient assuré, trois jours après l’explosion, que la radioactivité était partout très inférieure aux normes de sécurité admises.
Mais des documents déclassifiés en 2013 révéleront toutefois des retombées radioactives beaucoup plus importantes que celles admises à l’époque, s’étendant à toute l’Afrique de l’Ouest et au sud de l’Europe.
L’Observatoire des armements souligne que la présence de déchets nucléaires enfouis dans le désert algérien «pose encore aujourd’hui un risque sanitaire et écologique majeur». La loi française Morin de 2010 indemnise déjà des victimes en Polynésie et dans le Sahara, mais l’Algérie réclame une pleine reconnaissance et des actions concrètes. Seules deux victimes ont obtenu une indemnisation en plus de dix ans.
Cette loi permet l’indemnisation des victimes (maladies répertoriées) ayant résidé dans les zones d’essais, via le CIVEN, mais son application et son succès sont débattus. Les démarches administratives, souvent complexes et entièrement en français, freinent l’accès aux indemnisations. L’Algérie défend donc une approche collective, visant une reconnaissance globale des dommages causés par ces essais et non une indemnisation au cas par cas.
«Pollueur-payeur»
Alger insiste pour que la France nettoie les sites où se sont déroulés les essais atmosphériques (1960-1961) et souterrains (jusqu’en 1977) dans le Sahara, demandant des mesures concrètes face aux retombées radioactives.
La France doit fournir les cartes détaillées des zones contaminées, permettant de déterminer les périodes et les lieux d’exposition pour les populations locales. L’Algérie demande la reconnaissance et l’indemnisation des personnes atteintes de maladies liées aux radiations, au-delà des dispositifs existants, en incluant les personnels français et algériens.
Des discussions ont lieu entre délégations, avec un accord de principe français, mais peu de progrès concrets sur le terrain. La complexité des dossiers mémoriels, les enjeux de souveraineté et les défis techniques de la décontamination freinent l’avancée des solutions.
En 2021, le général Boufrioua indiquait dans la revue El Djeich que «la France doit assumer ses responsabilités historiques, surtout après que 122 Etats de l’Assemblée générale de l’ONU ont ratifié, le 7 juillet 2017, un nouveau traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), qui vient s’ajouter aux traités antérieurs», a estimé le général.
«Le principe du pollueur-payeur y a été d’ailleurs introduit et reconnu officiellement. C’est la première fois que la communauté internationale demande aux puissances nucléaires de rectifier les erreurs du passé», selon lui.
Ces essais ont causé un «grand nombre de victimes parmi la population locale et des dégâts à l’environnement qui perdurent hélas jusqu’à nos jours», a dit encore le général Boufrioua.
H. Adryen
