Visant à brique le blocus de Ghaza, la caravane Soumoud a dû rebrousser chemin.
La caravane Soumoud, composée de plus de 1500 activistes issus des pays du Maghreb, a quitté, hier matin à l’aube, la ville libyenne de Misrata en direction de la Tunisie, avant de rallier l’Algérie, suite au refus des autorités de l’Est libyen de lui permettre de poursuivre son chemin vers l’Egypte pour rejoindre le passage de Rafah, région frontalière avec la bande de Ghaza.
De là, les participants à cette caravane entendaient marquer leur solidarité avec le peuple palestinien et dénoncer le blocus ainsi que les crimes de guerre perpétrés par l’entité sioniste.
Dans un communiqué publié au moment de quitter les lieux, la Coordination d’action commune pour la Palestine a annoncé la libération de 7 participants, dont trois Algériens.
Selon la même source, il a été fait appel aux familles ou proches n’ayant plus de nouvelles d’un participant à «contacter uniquement la page officielle de la coordination», tout en mettant en garde contre «les tentatives de désinformation et de division visant à fragiliser l’unité du mouvement et à compromettre les efforts contre le blocus».
Malgré cet «échec», les participants sont décidés à ne point renoncer à leur noble cause. «Nous avons été empêchés d’entrer en Égypte, mais notre message de solidarité avec le peuple palestinien a été entendu. Nous continuerons à nous battre pour les droits des Palestiniens et à dénoncer les injustices qu’ils subissent», semblait être le mot d’ordre des participants en dépit de leur déception de ne pas aller au bout de leur action.
Et si les autorités égyptiennes ont invoqué des raisons de sécurité pour justifier leur refus en affirmant que «l’entrée de la caravane pourrait créer des tensions internes et compromettre la stabilité régionale», en revanche, les organisateurs ont estimé, à raison, que «cette décision est motivée par des considérations politiques et diplomatiques, notamment la volonté de maintenir de bonnes relations avec l’entité sioniste».
Contacté, hier, par la rédaction de Crésus, Ramdane Taazibt, cadre du Parti des Travailleurs, ayant pris part à la marche, nous raconte, avec détails, ce qu’il a enduré en terre égyptienne et la répression drastique des autorités de ce pays pour étouffer dans l’œuf toute voix appelant à soutenir la cause palestinienne. Un «appel de solidarité soutenu par notre parti» qui s’inscrit dans le combat des peuples et des travailleurs». Ne se doutant point que les autorités égyptiennes allaient leur barrer la route, notre interlocuteur a ajouté qu’«au niveau de l’Aéroport du Caire, on a été témoin d’expulsions de dizaines de militants pour la plupart porteurs de passeports européens».
Arrivés à Ismaïlia, ville distante d’une centaine de kilomètres de la capitale, «nous avons été stoppés par des «baltajias» et des policiers en civil au moment où nous nous apprêtions à organiser un sit-in pour dénoncer le comportement des autorités égyptiennes. Il ont procédé à la confiscation de nos passeports avec violence, engendrant ainsi une grande frustration parmi les militants qui ont traversé des milliers de kilomètres pour arriver en Egypte en provenance de Nouvelle Zélande, d’Australie, des Etats-Unis, d’Amérique latine, de Turquie, d’Afrique du Sud et du Maghreb», relate-t-il. Interrogé sur la Caravane Soumoud qui a dû rebrousser chemin depuis la ville de Syrte, faute d’autorisation d’accéder au territoire égyptien, Ramadane Taazibt a affirmé que «malheureusement, le régime égyptien et les autorités de l’Est libyen dirigées par Haftar ont bloqué cette caravane humanitaire dont le seul tort est de vouloir exprimer à Rafah ce que réclament depuis des années des millions de citoyens à l’échelle planétaire, épris de paix et de justice». Pour notre interlocuteur, «si nous sommes aujourd’hui frustrées de ne pas être allé au bout de notre démarche, nous avons le sentiment du devoir accompli. Malgré tout, nous avons réussi à organiser deux sit-in pour que la voix de nos frères palestiniens soit entendue à l’internationale».
«Il n’y a aucune justification au comportement hostile du régime égyptien et de Haftar, car il s’agit de manifestations spécifiques organisées par des activistes entrés légalement sur leur sol», dit-il avant de conclure que «ces deux régimes ont montré encore une fois, la dichotomie existante entre eux et leurs peuples. Il ont également affiché au grand jour leur lâcheté devant le plus grand génocide que connaît l’histoire contemporaine depuis la Seconde Guerre mondiale».
Ferhat Zafane