Dans quelques jours, Hanoï deviendra le centre de gravité d’un événement diplomatique majeur. Du 24 au 26 octobre, la capitale vietnamienne accueillera la cérémonie d’ouverture à la signature de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la cybercriminalité, désormais baptisée «Convention de Hanoï». Une première mondiale, qui fera flotter ensemble les drapeaux de près de cent nations, unies autour d’un objectif commun : ériger un rempart collectif contre les menaces du cyberespace.
Parmi les pays ayant marqué de leur empreinte la genèse de cette convention, l’Algérie et le Vietnam figurent en bonne place. Dès le lancement des négociations, en 2022, Alger et Hanoï ont activement soutenu l’initiative onusienne, plaidant pour une approche fondée sur la souveraineté nationale, le respect du droit international et la coopération équilibrée entre États. Ces principes, inscrits aujourd’hui dans le texte final, garantissent que la lutte contre la cybercriminalité ne se transforme pas en ingérence numérique.
L’Algérie, qui a fait de la cybersécurité un pilier de sa souveraineté numérique, a contribué à plusieurs volets techniques du projet, notamment la protection des infrastructures critiques et la coopération judiciaire. Ce rôle actif reflète la volonté du pays de s’imposer comme acteur responsable dans la régulation du cyberespace africain. Pour le Vietnam, hôte de l’événement, l’honneur est double : il s’agit non seulement d’un succès diplomatique, mais aussi de la reconnaissance de sa crédibilité sur la scène multilatérale.
Adoptée par consensus à l’Assemblée générale des Nations unies le 24 décembre 2024, la Convention de Hanoï est le premier traité multilatéral contre la criminalité numérique depuis plus de vingt ans, après la Convention de Palerme sur la criminalité transnationale. Son texte, composé de neuf chapitres et soixante et onze articles, érige un cadre juridique mondial visant à criminaliser le hacking, la fraude électronique, la diffusion de logiciels malveillants ou encore l’exploitation d’enfants en ligne. Elle prévoit aussi des mécanismes d’entraide judiciaire, de transfert de données et d’extradition, indispensables pour traquer les cybercriminels dans un environnement sans frontières.
Les chiffres illustrent l’urgence de l’action : selon Check Point et le Digital Watch Observatory, les organisations mondiales ont subi près de 1 925 attaques par semaine au premier trimestre 2025, soit une hausse de 126% des attaques par ransomware. En Afrique, le rapport d’INTERPOL 2025 souligne que la cybercriminalité représente jusqu’à 30% des affaires criminelles signalées dans certaines régions. L’Algérie, à l’instar de plusieurs pays africains, renforce donc ses dispositifs juridiques et techniques pour protéger ses institutions et ses citoyens.
La Convention de Hanoï se veut plus qu’un outil juridique : elle incarne une vision collective du numérique. En plaçant la protection des droits humains et de la vie privée au cœur du texte, les Nations unies rappellent que la sécurité numérique ne doit jamais se faire au détriment des libertés fondamentales. Mme Ghada Waly, directrice exécutive de l’ONUDC, l’a qualifiée de «jalon historique» ouvrant la voie à une coopération mondiale sans précédent.
Hanoï, la voix d’un monde connecté
Le choix du Vietnam comme lieu de signature porte également un message fort. En associant son nom à cette convention, le pays devient le symbole d’une diplomatie constructive, capable de transformer un enjeu technique en initiative politique mondiale. Pour l’Algérie, partenaire fidèle de Hanoï au sein des forums onusiens, cette reconnaissance conforte son engagement dans la défense d’un cyberespace éthique, souverain et solidaire.
Sous le thème «Lutter contre la cybercriminalité – Partager la responsabilité – Se tourner vers l’avenir», la cérémonie d’ouverture à Hanoï sera accompagnée de tables rondes internationales et d’une exposition technologique dédiée à la cybersécurité. Plus qu’un événement diplomatique, il s’agit d’un appel universel à la coopération : face à la criminalité numérique, aucun pays ne peut prétendre lutter seul.
Depuis Hanoï, un message clair résonnera : le cyberespace doit rester un espace de confiance et de progrès partagé. L’Algérie et le Vietnam, unis dans cet engagement, montrent que la solidarité numérique n’est pas un idéal, mais une nécessité pour un monde interconnecté.
R.N.
