Le nouveau ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a exprimé, hier, son souhait de «rouvrir les canaux de dialogue» avec l’Algérie, après plus d’un an de fortes tensions diplomatiques entre les deux pays.
Dans une interview accordée à plusieurs médias français, dont France Inter et Le Monde, le nouveau locataire de la place Beauvau entend réengager les discussions avec l’Algérie. Dans sa déclaration, Laurent Nuñez a indiqué que «la tension actuelle avec l’Algérie a conduit à un gel des relations et de la coopération sécuritaire» entre les deux pays. «Pour un ministre de l’Intérieur, c’est une situation préoccupante et un vrai problème. Il faudra, à un moment donné, reprendre le dialogue avec les Algériens sur les questions de sécurité et d’échange d’informations, et je vais m’y atteler prochainement», a-t-il avancé. Interpellé sur un rapport parlementaire rendu public le 15 octobre qui propose de remettre en cause l’accord franco-algérien de 1968, estimé à un coût de 2 milliards d’euros chaque année pour la France, le successeur de Bruno Retailleau a affirmé qu’ «il n’est pas complètement parfait, je vous le concède, mais pour l’instant, sa dénonciation n’est pas à l’ordre du jour».
L’accord de 1968 «pas à l’ordre du jour»
Cette déclaration constitue le premier signal du nouveau ministre quant à sa volonté d’apaisement et de reconstruction de la relation avec l’Algérie, après plusieurs mois de blocage dans les relations bilatérales depuis l’été 2024. D’ailleurs, il a tenu à préciser que la remise des accords de 1968 n’est pas à l’ordre du jour. «Il n’est pas complètement parfait, je vous le concède, mais pour l’instant, sa dénonciation n’est pas à l’ordre du jour», a-t-il balayé.
Notons que la crise a commencé lorsque Paris a reconnu le «plan d’autonomie sous souveraineté marocaine» au Sahara occidental, ce qui avait suscité une vive réaction d’Alger. Selon la partie française, la crise est également liée au refus de l’Algérie d’accueillir ses ressortissants faisant l’objet de décisions d’expulsion de France.
Laurent Nuñez a précisé que les Algériens représentaient la première nationalité parmi les personnes arrêtées en situation irrégulière en France, avec 33 754 personnes enregistrées en 2024, révélant que «40% des personnes dans les centres de rétention administrative sont des Algériens.» Selon Laurent Nunêz, les Algériens occupent la tête des nationalités étrangères présentes en France – on y comptait 649.991 Algériens en 2024 – et la deuxième place pour les obtentions d’un premier titre de séjour.
Une rupture dans la forme
Les déclarations du nouveau ministre interviennent quelques jours après sa prise de fonctions, en remplacement de Bruno Retailleau, qui avait auparavant appelé à revoir l’accord bilatéral et à durcir les conditions de séjour des Algériens. Or, le nouveau ministre de l’Intérieur veut rompre avec les manières de faire de son prédécesseur, en revendiquant «une rupture dans la forme». «Je ne convoquerai jamais le débat sur l’assimilation. Moi, je crois à l’intégration», a-t-il insisté, avant de préciser que cette rupture sémantique ne s’accompagnera pas d’une «rupture sur le fond».
Ces propos du nouveau ministre de l’Intérieur traduisent-ils une nouvelle orientation au sein du gouvernement français, en quête de relance de la coopération avec Alger, après une période de gel diplomatique sans précédent entre les deux pays depuis des décennies?
Synthèse Badis B
