Une tempête de mécontentement secoue les couloirs des Nations unies. Une enquête interne, menée par la Fédération du personnel (CCISUA), révèle une défiance profonde et généralisée du personnel envers l’initiative de réforme UN80 portée par le Secrétaire général Antonio Guterres et pilotée par le Secrétaire général adjoint Guy Ryder.
Par la Rédaction de Crésus
Les résultats, accablants, pointent un processus opaque, des décisions perçues comme injustes et un leadership largement discrédité.
Conduite du 21 au 27 juillet 2025 auprès de 3 850 fonctionnaires du Secrétariat de l’ONU (les plus directement concernés par UN80), l’enquête livre des conclusions sans appel, statistiquement significatives (intervalle de confiance de 95%) :
- Défiance dans le Fond : Une écrasante majorité (72%) juge que les suppressions de postes et relocalisations proposées manquent de justification solide. Près des deux tiers (62%) ne croient pas que ces réformes amélioreront l’efficacité et la pertinence de l’Organisation. Plus révélateur encore, 73% estiment injustifié le choix de ne pas réduire le nombre de postes de Secrétaire général adjoint (USG).
- Crise de leadership : La confiance dans les dirigeants s’effondre. Seuls 18% des répondants expriment leur confiance en la direction d’Antonio Guterres, contre 48% qui la rejettent clairement. La gestion de Guy Ryder à la tête d’UN80 est encore plus sévèrement jugée, avec 51% déclarant explicitement ne pas avoir confiance en lui.
- Manque crucial de consultation et de communication : Le sentiment d’être ignoré est massif : 78% des agents ne se sentent ni consultés ni inclus dans les discussions sur UN80. La communication de la direction est qualifiée d’insuffisante par 65% du personnel.
- Impact négatif anticipé : Le pessimisme domine quant aux conséquences. 59% des répondants ne croient pas à un impact global positif, et 60% doutent que la réforme rendra l’ONU plus pertinente pour les bénéficiaires de son action. Une majorité (63%) pense même qu’elle n’aidera pas à restaurer la foi dans le système multilatéral.
- Méfiance envers le management : Plus de la moitié (56%) n’ont pas confiance dans la direction générale de leur entité. 60% estiment que le management supérieur ne comprend pas les préoccupations du personnel, et 57% jugent qu’il n’est pas composé des bonnes personnes pour mener ces réformes.
- Mobilisation en vue : Signe de l’exaspération, 55% du personnel se dit prêt à soutenir des actions collectives. Parmi eux, au moins 40% soutiennent des mesures pouvant aller de la pétition aux actions symboliques, assemblées, protestations pacifiques, voire des débrayages ou arrêts de travail.
Au-delà des pourcentages : Le témoignage accablant des commentaires
L’analyse qualitative des commentaires libres confirme et amplifie le message des chiffres, révélant une profonde crise morale et organisationnelle :
– Opacité et manque de transparence : Le processus est perçu comme obscur, avec des annonces tombant sans consultation préalable significative. «Nous n’avons presque aucune information sur UN80 ; les dirigeants agissent sur la base du favoritisme et des représailles», dénonce un agent.
– Injustice dans les cibles : La colère est vive contre ce qui est vu comme un ciblage disproportionné des échelons inférieurs (catégorie GS et P juniors), tandis que les postes très élevés (USG/ASG) restent intouchés. «Les coupes ne sont prévues qu’au niveau opérationnel, les USG et le management supérieur restent intacts», résume un commentaire, pointant du doigt une structure de plus en plus « top-heavy ».
– Déconnexion du leadership : Le manque de confiance se nourrit d’une perception d’irresponsabilité et de déconnexion des réalités du terrain. «Notre direction senior n’a aucune idée de ce qui se passe au niveau opérationnel», affirme un répondant. Le maintien des hauts responsables perçus comme responsables des problèmes actuels est vivement critiqué : «Il est illogique que le même management senior qui a causé la crise dirige les réformes.»
– Moral au plus bas et anxiété : L’atmosphère décrite est lourde d’inquiétude. «Le moral est au plus bas. Le personnel est anxieux à propos des relocalisations et des suppressions de postes», témoigne un employé. La peur des représailles pour s’être exprimé, même dans l’enquête, est palpable.
– Suspicion de motifs politiques et favoritisme : De nombreux commentaires évoquent des nominations politiques, du favoritisme et la protection d’«alliés» au sommet, remettant en cause la base objective des décisions de coupes.
– Besoin de réforme… Mais autrement : Un point crucial ressort : le personnel ne rejette pas l’idée même d’une réforme. La nécessité de s’attaquer aux inefficacités, doublons et structures obsolètes est reconnue. Mais la méthode actuelle est jugée désastreuse : «Les réformes sont nécessaires, mais ce processus précipité et sans consultation nuira à l’ONU.»
– Crainte pour l’avenir de l’ONU : Au-delà des problèmes internes, les agents expriment une inquiétude profonde pour la crédibilité et l’avenir même de l’Organisation dans le paysage multilatéral. «UN80 envoie le mauvais message aux États membres : réduire le personnel de 20% sans impact ne conduira qu’à davantage de réductions», prévient un commentaire.
Cette enquête, menée par le Comité de coordination des syndicats et associations du personnel international (CCISUA), représentant des entités majeures comme l’UNICEF, le HCR, le PAM, l’OIT ou les commissions régionales, constitue un signal d’alarme sans précédent. Elle révèle non seulement une fracture béante entre la base et la direction de l’ONU, mais aussi une crise de légitimité interne menaçant la capacité même de l’Organisation à remplir son mandat.
La balle est désormais dans le camp du Secrétaire général et de son équipe. Ignorer cette vague de mécontentement et de défiance, qui touche également d’autres entités selon la CCISUA, risque non seulement de paralyser la mise en œuvre d’UN80, mais aussi d’entamer durablement le capital humain et la crédibilité internationale des Nations Unies. Le besoin d’un changement radical de cap – vers plus de transparence, d’équité et de dialogue authentique – apparaît comme une condition sine qua non pour toute réforme crédible et efficace.
Rédaction
