Les relations entre l’Algérie et la France connaissent une tension majeure après l’annonce d’un projet de loi visant à criminaliser la colonisation française.
Des relations, déjà extrêmement tendues, à la suite de déclarations de l’ancien ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, appelant à une révision des accords historiques liant les deux pays, notamment sur les questions migratoires et mémorielles.
Des propos jugés à Alger comme une remise en cause des fondements de la relation bilatérale. Pour l’heure, la classe politique française, dans sa majorité, s’est abstenue de toute réaction officielle. Mais il n’en demeure que plusieurs personnalités politiques se sont donné à cœur joie sur le sujet.
A commencer par le président français. Emmanuel Macron lui-même à cristallisé les relations lorsqu’en 2021 il a parlé de «rente mémorielle» algérienne. Une phrase trahissant l’incapacité française à reconnaître l’Algérie comme sujet politique autonome.
Selon l’historien Todd Shepard, l’un des marqueurs du traitement colonial de l’Algérie par la France, «c’est de considérer l’Algérie comme un problème intérieur et d’invisibiliser sa subjectivité politique». Tandis que la droite et l’extrême droite ont transformé, avant d’être graciée par le président de la République Abdelmadjdi Tebbouhne, Boualem Sansal en symbole. Non pas le symbole de la liberté d’expression, mais celui d’une Algérie fantasmée en ennemie menaçant, un miroir commode pour attiser la peur, et un outil politique pour tous les xénophobes. Un sujet dont l’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, en fait sa « matière première».
Outre ses sorties répétées contre l’Algérie en utilisant des termes coloniaux comme la « menace démographique » ou soulignant une forme d’ingratitude du régime algérien, loin d’être de simples dérapages, il en profite pour moque une politique d’apaisement qu’il juge inefficace, alors que les tensions entre Paris et Alger restent vives.
Tandis que l’extrême-droite surenchéri, voyant dans la condamnation du journaliste Christophe Gleizes, l’occasion parfaite de ressusciter un vieux fantasme d’«ingérence»
Les choux gras de la presse
En parallèle, les médias en font leur sujet de prédilection pour s’attaquer à l’Algérie. C’est ainsi que le « Figaro» n’a pas trouvé mieux que « demander à réparation à Alger pour les milliers de Français qui y furent réduits en esclavage ?» (Sic!). «Alger, qui ne cesse de demander réparation pour les 130 années de colonialisme français, qui a créé l’Algérie, semble avoir oublié que la région a été continuellement sous férule étrangère pendant des siècles : cinq siècles dans l’Empire romain, conquise par les Arabes à partir du VIIe siècle, pour passer sous domination ottomane à partir de 1526.
Elle semble aussi avoir oublié son active participation à la traite et à l’esclavage», écrit, toute honte bue, Marie-Claude Mosimann-Barbier, soit disant maître de conférences honoraire de l’École normale supérieure de Paris-Saclay, membre du GRER (groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme) de l’université Paris-Cité.
Alors que le site «bvoltaire.fr» s’interroge : « Comment ne pas voir dans le retour de cette proposition de loi un nouveau moyen de coercition de la part d’Alger ?». Et de « travestir» l’histoire en soutenant que « c’est le général Schneider qui donna son nom à l’Algérie en 1838» et que « le territoire actuel de l’Algérie n’avait, de fait, jamais connu d’unité politique avant la conquête française ».
En droite ligne de la pensée de Macron qui avançait que «la construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française? Ça, c’est la question (…)».
Et dire qu’à long terme, encadrer juridiquement la question coloniale pourrait contribuer à apaiser les frelations algéro-française plutôt qu’à les détériorer.
Badis B.
