«Quand vous n’avez rien, vous n’avez rien à perdre», disait Omar Radi, journaliste détenu par le Makhzen.
Par Samir MÉHALLA
Le Makhzen s’engage dans une frénésie d’acquisitions militaires présentée comme une nécessité stratégique.
AH-64 Apache, drones turcs Bayraktar TB2, F-16 Block 70/72, canons Caesar français, missiles HIMARS… l’arsenal se pare de technologies de pointe, financé par un budget de défense en hausse de 7,25 % en 2025, atteignant 133 milliards de dirhams (12,8 milliards de dollars).
Pourtant, derrière cette vitrine de «puissance multidimensionnelle» se cache une réalité sociale alarmante : 30% de chômage chez les jeunes, des services publics en déliquescence, et des inégalités criantes.
La rhétorique officielle justifie cet armement par la «menace algérienne», soulignant les investissements d’Alger.
Un discours qui masque mal une obsession sécuritaire déconnectée des réalités régionales :
– L’Algérie n’a pas attaqué le Maroc.
– Les tensions au Sahel, évoquées pour légitimer les drones Akıncı (portée de 7 500 km), relèvent davantage d’un alignement sur les intérêts occidentaux que d’une menace directe.
– La diversification des fournisseurs (États-Unis, l’Etat sioniste, Turquie, Corée du Sud) révèle une stratégie de dépendance géopolitique, non d’autonomie.
L’Industrie militaire : Une souveraineté en miettes
Rabat vante une «industrie de défense souveraine», symbolisée par l’usine turque de drones Baykar. En réalité :
– 1 000 drones annuels produits localement servent surtout à exporter une image de puissance, sans transfert technologique significatif.
– La cyber-armée et les projets navals restent des coquilles vides face à des côtes de 3 500 km mal protégées.
– Les partenariats avec les sionistes, après la normalisation de 2020, font du Maroc un client captif, non un acteur indépendant.
Alors que le Makhzen s’endette pour acheter des chars K2 sud-coréens ou des sous-marins, le contraste avec la misère quotidienne est saisissant :
– 46,3 millions d’euros déboutés de demandes de visas européens éclipsent les dépenses marocaines en missiles.
– Le pays est classé 136e sur 180 pour la liberté de la presse, avec des journalistes emprisonnés (Omar Radi) et une censure étatique.
– La répression des dissidents (Hirak, Rif) et la confiscation des libertés fondamentales démentent le discours de «stabilité».
«Le Maroc n’ambitionne pas uniquement de se défendre, mais entend jouer un rôle structurant dans la coopération sécuritaire internationale». Une ambition creuse, quand l’armée sert à museler un peuple appauvri.
Le piège de la puissance artificielle
Les classements militaires (61e mondial selon Global Fire Power) sont des leurres :
– La valeur réelle d’une armée se mesure à sa capacité à protéger sa population, non à accumuler des armes. L’exemple ukrainien face à la Russie le prouve : la résilience prime sur la technologie.
– Les exercices African Lion avec l’OTAN masquent une interopérabilité de façade, tandis que les États-Unis se retirent du Sahel, laissant Rabat en première ligne.
– Le Maroc a dépensé le double de son budget d’éducation pour l’armement, creusant le fossé social.
Sous couvert de «souveraineté», le Makhzen consolide son pouvoir par la force brute. Les 133 milliards de dirhams engloutis en 2025 ne défendront pas le citoyen marocain des pénuries d’eau, des hôpitaux surchargés ou du chômage endémique. Ils serviront à perpétuer un système où la monarchie achète sa légitimité par les armes, tandis que le peuple paie le prix fort – en liberté, en dignité, et en avenir.
«Quand vous n’avez rien, vous n’avez rien à perdre», disait Omar Radi depuis sa cellule. Un avertissement que le palais ignore à ses risques et périls.
S.M.