La lutte contre la corruption et les crimes économiques est une priorité absolue des pouvoirs publics et le dernier rapport de l’Office central de répression de la corruption (OCRC) l’atteste.
Personne ne sera épargné par les enquêtes en cours dans des affaires de corruption et l’heure des comptes : Violation du code des marchés publics, recours systématique à la sous-traitance au détriment des prestataires algériens, surcoûts, détournement de contingents de franchises fiscales, achat de mobilier et d’équipements surfacturés auprès de fournisseurs étrangers tels sont les méfaits les plus répandus. La lutte contre la corruption et les crimes économiques est une priorité absolue des pouvoirs publics et le dernier rapport de l’Office central de répression de la corruption (OCRC) l’atteste.
Dans son bilan portant sur la période de 2020 à 2024, cet organisme chargé de répertorier les affaires liées à la corruption a souligné que les pouvoirs publics «mènent une lutte acharnée» contre la corruption et les crimes économiques en Algérie, tout en notant une «prise de conscience» au sein de la société. Entre 2020 et 2024, 5.309 signalements ont été reçus, tandis que le nombre d’affaires traitées s’est élevé à 68, donnant lieu à l’émission de 159 interdictions de quitter le territoire national (ISTN). Selon les chiffres publiés sur le site officiel du Bureau, 33 ordonnances de gel de comptes et d’opérations bancaires ont également été émises, ainsi que 16 ordonnances de saisie de biens immobiliers, en plus de 2048 réquisitions à travers le pays. Le Bureau a aussi communiqué des statistiques concernant son site web, qui a enregistré plus de 46.000 visiteurs depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, en provenance de plus de 31 pays répartis sur cinq continents. Parmi eux, 42.000 visiteurs venaient d’Algérie, 877 d’Allemagne, 537 de France, 470 des États-Unis, 126 d’Arabie saoudite, 120 de Tunisie et enfin 114 d’Irak. Selon le Bureau, cette démarche s’inscrit dans le cadre de son engagement à renforcer la transparence et à garantir le droit des citoyens à l’accès à l’information, conformément aux orientations des hautes autorités du pays visant à rapprocher l’information du citoyen.
Enfin, il est utile de mentionner que les missions de l’OCRC, sont notamment collecter, centraliser et exploiter toute information permettant de détecter et de lutter contre les actes de corruption ; rassembler des preuves et procéder à des enquêtes sur des faits de corruption et en déférer les auteurs devant la juridiction compétente ; détecter et localiser les produits de la corruption en vue de leur saisie et de leur gel, etc. Pour rappel, une dizaine d’influents hommes d’affaires soupçonnés d’avoir profité de leurs liens privilégiés avec Bouteflika et son entourage pour obtenir des contrats publics ou des avantages ont été placés récemment en détention préventive. La justice a également lancé ces derniers jours des poursuites contre plusieurs anciens hauts responsables et notamment écroué deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal qui purgent leurs peines.
Engagement à rapatrier les fonds détournés
Ce nouvel organisme de lutte contre la corruption a vu le jour en 2006. La justice algérienne a adressé 335 commissions rogatoires internationales à 32 pays pour traquer, geler et saisir les avoirs criminels, et 53 demandes de restitution des avoirs à 11 pays, dont un pays africain, dans le cadre de ses efforts pour récupérer les fonds d’origine criminelle gelés ou transférés à l’étranger. A cela, il faudra ajouter le rôle de la diplomatie algérienne, qui a intensifié ses démarches informelles dans ce domaine, en adhérant à des réseaux internationaux spécialisés, tels que l’Initiative StAR (Stolen Asset Recovery) de la Banque mondiale, le Forum mondial pour la restitution des avoirs de la Banque mondiale, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le Réseau opérationnel mondial des agences d’application de la loi, le Centre international de coordination dans les affaires de corruption, l’Institut régional de recherche des Nations unies pour la justice (UNICRI) en Italie. En plus de l’adhésion de l’Algérie au Réseau régional pour la restitution des avoirs de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), ce qui a donné un nouvel élan aux demandes de restitution, notamment après les réunions bilatérales avec les pays concernés en marge de la Conférence des États parties à la Convention des Nations unies contre la corruption en 2023, ainsi qu’à travers les réunions des groupes de travail liés au mécanisme d’application de la convention, où l’Algérie dispose d’une expérience pionnière.
Enfin, une Commission des experts dans les pays concernés, afin de mener des démarches diplomatiques et sensibiliser les représentants des autorités étrangères à l’importance de cette action, qui a abouti à la restitution de plusieurs biens, notamment, immobiliers, mobiliers et fonds.
Mahmoud Tadjer
