À l’heure où les menaces terroristes et les réseaux de contrebande persistent dans la région sahélienne, l’Algérie et la Mauritanie intensifient leur coopération sécuritaire.
À cet égard, la ville de Tindouf a été, mercredi dernier, le théâtre d’une réunion de coordination entre deux délégations militaires, mauritanienne et algérienne. Il s’agit de la première réunion du genre, précise l’armée mauritanienne sur sa page facebook, en référence aux rencontres de sécurité organisées entre les armées des deux pays.
La délégation mauritanienne était conduite par le colonel Cheikh Sidi Bouya Salek, commandant de la 2ᵉ Région militaire (frontalière avec l’Algérie), tandis que la délégation de l’Armée nationale populaire (ANP) était conduite par le général-major Kamel Meradji, commandant du secteur opérationnel sud de Tindouf.
Les discussions ont porté sur la mise en place de mécanismes de coordination sécuritaire conjointe entre les deux armées et le renforcement de la coopération sur le terrain le long des frontières communes afin d’améliorer l’état de préparation des forces et de contribuer à la consolidation de la stabilité de la région.
Cette réunion intervient alors que les deux pays font face à des défis communs, notamment la menace que représentent les organisations terroristes actives dans les pays sahéliens voisins, en particulier le Mali, ainsi que les réseaux criminels transnationaux impliqués dans le trafic de drogue, d’êtres humains et d’armes dans la région du Sahara.
Un phénomène inquiétant
Autre sujet sensible : l’orpaillage artisanal, en plein essor en Mauritanie depuis 2016. Cette activité attire des milliers de jeunes, dont certains franchissent illégalement la frontière algérienne ou pénètrent dans des zones minières interdites pour extraire de l’or. Cette situation a favorisé l’émergence de réseaux de trafic d’êtres humains.
Pour Alger et Nouakchott, ce phénomène représente un double risque : sécuritaire, avec la possible infiltration de groupes armés, et criminel, avec l’implication de réseaux organisés cherchant à financer leurs activités.
Pour relever ce défi, les deux pays ont signé un mémorandum d’entente à Nouakchott en avril 2021, prévoyant la mise en place d’une commission bilatérale frontalière. Celle-ci vise à promouvoir et à développer la coopération ainsi qu’à renforcer les liens de fraternité et de bon voisinage entre les deux pays.
Elle a également pour objectif d’impulser les opportunités d’investissement, d’établir des projets de partenariat dans des secteurs prioritaires et d’intensifier les échanges économiques, commerciaux, culturels et sportifs, en plus du désenclavement des populations des zones frontalières.
Le projet routier Tindouf–Zouerate
Cette dynamique intervient également dans la foulée de la commission mixte de coopération tenue début avril en Algérie. Lors de cette réunion, les participants ont discuté de projets conjoints, dont le plus important est la route reliant Tindouf (Algérie) à Zouerate (Mauritanie).
Ce projet est présenté comme l’un des plus importants pour le développement des deux pays. L’Algérie souhaite stimuler l’activité commerciale et attirer davantage d’investissements en Mauritanie, tandis que Nouakchott ambitionne de diversifier ses importations en s’ouvrant davantage au marché algérien.
Longue de 850 km, cette route traversera un désert extrêmement hostile. Sa construction est assurée par plus de dix entreprises algériennes. Malgré l’avancement des travaux, le projet suscite des préoccupations liées à l’environnement et à la sécurité.
Cette infrastructure stratégique doit faciliter les échanges commerciaux et ouvrir à l’Algérie un accès aux marchés ouest-africains, tandis que la Mauritanie cherche à diversifier ses partenaires économiques.
Cependant, le chantier progresse dans des conditions particulièrement difficiles. Certaines entreprises expriment des réserves quant au respect du calendrier, en raison des contraintes logistiques, climatiques et sécuritaires.
Smail Rouha
