La connectivité, la cybersécurité et l’interopérabilité ne relèvent plus du seul registre technique. Elles s’imposent désormais comme des leviers stratégiques pour l’avenir du continent africain. Réuni à Alger, le Global Africa Tech Summit met en lumière les avancées, mais aussi les fragilités, d’une transformation numérique encore inégale.
Dans ce paysage en mutation, l’Algérie se distingue par une dynamique volontariste. Le pays s’implique activement dans le déploiement du Backbone optique transsaharien, accélère la généralisation de la fibre optique et consolide ses capacités spatiales avec le satellite Alsat 3A. Pour Selma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, ce programme spatial marque une étape décisive dans le développement des capacités géospatiales du continent.
Progression réelle et fractures persistantes
Les progrès sont indéniables. D’après l’Union internationale des télécommunications, la couverture mobile à large bande atteignait 86% de la population africaine à la fin de l’année 2024. Pourtant, cette avancée masque des disparités profondes : 14% des Africains restent totalement exclus de toute connectivité, un taux qui grimpe à 25% dans les zones rurales. Si la 4G concerne désormais 70% de la population, la 5G demeure marginale, limitée à 11%.
Au-delà des infrastructures, d’autres obstacles freinent l’inclusion numérique : le coût des équipements et des données, le déficit en compétences numériques et la méfiance envers les systèmes constituent autant de barrières persistantes. «La disponibilité du réseau ne suffit pas si les usages ne suivent pas», a souligné Mme Haddadi.
Initiatives multiples et besoin d’intégration
À l’échelle continentale, plusieurs cadres structurants ont été mis en place, à l’image de la Stratégie de transformation numérique 2020-2030 ou du projet de marché unique numérique africain. D’autres instruments, tels que la Convention de Malabo sur la cybersécurité ou le protocole sur le commerce numérique de la Zlecaf, visent à harmoniser les règles et sécuriser les échanges.
Sur le terrain, les initiatives nationales se multiplient. Le Kenya renforce sa dorsale en fibre optique, le Nigeria développe ses infrastructures numériques, le Gabon consolide son intégration régionale, tandis que le Botswana mise sur l’innovation. L’Algérie, pour sa part, combine investissements dans les infrastructures et ambitions spatiales au service de la décision publique et de la surveillance environnementale.
Ces efforts, encore dispersés, traduisent néanmoins une dynamique commune. L’enjeu réside désormais dans leur mise en cohérence, à travers la création de corridors intégrés reliant réseaux numériques, infrastructures industrielles et axes de transport.
Les fondements d’une souveraineté numérique
Face à ces défis, 5 priorités structurantes émergent : renforcer la résilience des réseaux, réduire le fossé des usages, développer des capacités locales de stockage et de calcul des données, assurer l’interopérabilité des systèmes et harmoniser les cadres réglementaires. À cela s’ajoute la nécessité d’une coordination transfrontalière du spectre et des standards techniques, condition essentielle à une connectivité fluide.
Au-delà des investissements, la transformation numérique du continent repose sur un facteur déterminant : la volonté politique. Le sommet d’Alger illustre cette prise de conscience collective, en rassemblant décideurs publics, acteurs économiques et institutions autour d’une ambition partagée.
«Un seul câble ne fait pas un réseau», a rappelé Selma Malika Haddadi. Une formule qui résume l’enjeu central : bâtir un écosystème interconnecté, capable de garantir à l’Afrique un avenir numérique à la fois intégré, sécurisé et souverain.
Organisée par le ministère de la Poste et des Télécommunications, la première édition du Global Africa Tech 2026 est présentée comme une plateforme continentale de dialogue, l’événement réunit opérateurs, investisseurs et experts autour des enjeux de la transformation numérique en Afrique.
Selon un communiqué des services du Premier ministre, cette rencontre vise à rapprocher les politiques publiques et les stratégies d’infrastructures afin de favoriser une approche coordonnée à l’échelle africaine. Elle s’inscrit dans une dynamique visant à renforcer l’attractivité du continent pour les investissements technologiques.
Au cœur des discussions : la connectivité, la cybersécurité et l’intégration des réseaux. L’objectif affiché est de réduire les disparités entre pays et de soutenir la croissance économique, tout en positionnant l’Algérie comme un acteur clé du numérique en Afrique.
R.N.
