Cet événement continental se veut une plate-forme de réclamations de compensations financières au vu des séquelles durables sur les sociétés du continent, et la restitution d’œuvres d’art et de biens culturels spoliés pendant la période coloniale.
L’Algérie organise et accueille, deux jours durant, un sommet africain dédié à la question des réparations post-coloniales. Intitulé «conférence internationale sur les crimes du colonialisme sur le continent », cet événement, prévu au Centre international des conférences (CIC) d’Alger, se veut une sorte de « procès du colonialisme». Une tribune pour plusieurs pays du continent afin d’exiger des comptes aux anciennes puissances coloniales, en premier lieu la France, mais aussi le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Belgique. Cet événement continental se veut une plate-forme de revendications, de réclamations de compensations financières au vu des séquelles durables sur les sociétés du continent, et la restitution d’œuvres d’art et de biens culturels spoliés pendant la période coloniale. Une initiative du président de la République Abdelmadjid Tebboune, qui entend faire de l’Algérie la plate-forme centrale d’une demande coordonnée de réparations. Une initiative validée en février 2025, par l’assemblée de l’Union africaine lors du sommet d’Addis-Abeba. En somme, la Conférence d’Alger constitue la pierre angulaire du thème choisi par l’Union africaine (UA) pour l’année 2025 : « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations ». Un sommet résolument militant.
Qualification juridique du colonialisme
La conférence réunira des ministres, des experts juridiques, des historiens, des universitaires et des spécialistes venant d’Afrique, de la région des Caraïbes et d’autres parties du monde. Les travaux de la conférence aborderont les dimensions humaines, culturelles, économiques, environnementales et juridiques des crimes du colonialisme, en mettant l’accent sur les traumatismes intergénérationnels, les opérations de pillage, la destruction du patrimoine culturel africain, l’exploitation des ressources, les systèmes économiques inéquitables hérités de l’ère coloniale et les impacts environnementaux, y compris les essais nucléaires ayant visé des populations africaines. Seront également étudiés les mécanismes juridiques susceptibles de qualifier juridiquement le colonialisme et l’établissement de mécanisme africain permanent pour la réparation et la restitution des droits. Au niveau symbolique, l’UA exigera des excuses officielles et une réécriture des programmes scolaires occidentaux.
La Déclaration d’Alger
Parmi les principaux résultats attendus figure l’adoption de la « Déclaration d’Alger », qui devrait constituer une référence continentale pour mettre en lumière les crimes du colonialisme, reconnaître leurs impacts et élaborer une stratégie africaine pour la justice et la réparation. Cette déclaration sera soumise au Sommet de l’Union africaine en février 2026 pour examen et adoption. À travers cette initiative, l’Algérie réaffirme son rôle central et sa contribution décisive au sein du continent, en soutien aux aspirations des peuples africains à la justice, à la réparation, à la préservation de la mémoire et au renforcement d’une identité historique commune fondée sur la dignité et les valeurs de justice.
Le projet de loi crimiminalisant le colonialisme
Pour Alger, l’enjeu est double : unifier la position des 55 États de l’UA et peser ensuite dans les forums globaux (ONU, tribunaux internationaux) face à des États européens souvent réticents dès qu’il est question d’indemnisation. D’autant qu’en Algérie, le projet de loi criminalisant le colonialisme français fait son chemin. En mars dernier, le Président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Brahim Boughali, avait annoncé l’installation d’une commission qui se chargera de l’élaboration de ce projet. Une instance composée de représentants des différents groupes parlementaires et ceux des commissions permanentes de l’Assemblée. « Nous ne pouvons pas permettre que la vérité soit ignorée : La criminalisation du colonialisme n’est pas une option, mais un devoir national et moral envers nos martyrs et notre histoire », avait estimé Brahim Boughali à cette occasion.
Badis B.
