L’écrivain Boualem Sansal, condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale », ne contestera finalement pas sa condamnation devant la Cour de cassation, selon l’AFP qui cite des sources concordantes. Des proches de l’écrivain ont confirmé qu’il avait « renoncé à un recours ». Sollicité par l’AFP, son avocat français, Me Pierre Cornut-Gentille, a refusé de commenter.
Détenu depuis plus de sept mois, Sansal disposait théoriquement de huit jours pour introduire un pourvoi en cassation. Ses proches, qui précisent qu’il est « bien traité », espèrent néanmoins qu’il bénéficiera d’une « grâce humanitaire à titre personnel ».
Bien que Paris ait exprimé l’espoir d’obtenir une grâce présidentielle pour le romancier de 80 ans, celle-ci ne lui a pas été accordée. Parmi les charges retenues par la justice algérienne figurent des déclarations faites en octobre 2024 au média français d’extrême droite « Frontière », dans lesquelles l’écrivain affirmait que « durant la période coloniale française, l’Algérie aurait hérité de territoires appartenant auparavant au Maroc ».
Pour rappel, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait appelé les autorités algériennes à faire un « geste d’humanité » en faveur de Boualem Sansal. « La France regrette la condamnation en appel à une peine de prison ferme de notre compatriote Boualem Sansal, qui confirme la peine prononcée en première instance », avait-il déclaré.
Considérée comme l’une des affaires les plus sensibles dans le contexte tendu entre la France et l’Algérie, l’incarcération de Boualem Sansal compromet toute perspective de réchauffement durable des relations bilatérales. Son nouvel avocat, Me Cornut-Gentille, s’est rendu à Alger la semaine dernière pour solliciter une nouvelle voie de recours auprès des autorités algériennes.
Boualem Sansal a été jugé pour plusieurs chefs d’accusation : « atteinte à l’unité nationale », « outrage à un organe statutaire », « participation à des activités susceptibles de nuire à l’économie nationale », ainsi que « détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité nationales ». Des délits prévus par le Code pénal algérien, passibles de peines allant jusqu’à sept ans d’emprisonnement.
Le président Emmanuel Macron a personnellement sollicité son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, pour envisager une mesure de clémence. En réaction, le Parlement algérien a publié une déclaration dénonçant des « allégations trompeuses, visant exclusivement à attaquer l’Algérie ». Il a également mis en cause le Parlement européen, accusé de tirer des conclusions à des fins politiques, et de se servir du cas Sansal pour nuire à l’image de l’Algérie.
Une éventuelle grâce présidentielle — qui relève de la souveraineté du chef de l’État algérien — pourrait être justifiée par l’état de santé fragile de l’écrivain, âgé de 80 ans. Mais une telle décision ne sera possible que si les autorités algériennes choisissent la voie de l’apaisement. Rien ne permet, à ce stade, de l’affirmer avec certitude. Emmanuel Macron, pourtant considéré comme le président français le plus enclin à normaliser les relations avec Alger, semblait nourrir cet espoir grâce à ses bonnes relations personnelles avec le président Tebboune.
M.T.
