Le débat sur l’Algérie mérite mieux que les anathèmes. Il mérite surtout la cohérence. Or cette cohérence fait défaut lorsqu’un ancien ambassadeur, Xavier Driencourt, multiplie les tribunes moralisatrices tout en restant entouré d’un silence judiciaire troublant sur sa propre gestion.
Au cœur de la controverse : la cession d’un bien immobilier appartenant à l’État français à Alger. Un bien situé dans un quartier prisé, cédé à un prix présenté comme très inférieur aux valeurs de marché de l’époque — environ 47 500 DA/m², quand les estimations locales faisaient état de 120 000 à 230 000 DA/m². L’acquéreur, homme d’affaires devenu depuis le symbole d’un capitalisme de connivence, aujourd’hui incarcéré en Algérie. La presse algérienne évoque l’existence d’une commission. Ces accusations, lourdes, n’ont jamais été jugées en France.
Pourquoi cette absence de jugement ? D’abord parce que la vente a été administrativement validée : commissions interministérielles, arrêtés, signatures. En France, ce vernis procédural suffit souvent à neutraliser l’ouverture d’une information judiciaire, surtout en l’absence de preuve matérielle publique d’un pacte corruptif.
Ensuite, parce que les faits remontent à plus d’une décennie : la question de la prescription et celle des infractions dites “occultes” constituent des barrières redoutables pour le parquet. Enfin, parce que les opérations impliquant des biens de l’État à l’étranger relèvent d’un enchevêtrement de compétences (France/Algérie) où l’entraide judiciaire dépend autant du droit que du climat politique.
Mais le cœur du problème est ailleurs. Il est politique. Un homme qui bénéficie de cette zone grise institutionnelle peut-il se poser en arbitre moral d’un pays qu’il n’a jamais réussi à influencer ? Car l’hostilité persistante de Driencourt envers l’Algérie ne relève pas d’une froide expertise : elle ressemble à une rancœur durable.
Durant ses mandats, tout indique qu’il a cherché à s’imposer comme interlocuteur central, à se rapprocher des centres de décision. Il n’y est pas parvenu. Les autorités algériennes l’ont observé, évalué, et maintenu à distance.
Ce refus, il l’a transformé en ligne éditoriale.
Dès lors, tout devient prétexte : la Kabylie instrumentalisée, la mémoire coloniale disqualifiée, chaque décision d’Alger réduite à une manœuvre. Le récit est toujours le même : un État algérien présenté comme instable, cynique, divisé. Or les faits contredisent cette fable. L’Algérie est aujourd’hui unie, souveraine dans ses choix, consciente de son histoire et solide politiquement.
Les fractures annoncées n’ont pas eu lieu. Les scénarios de chaos n’existent que dans les tribunes de ceux qui espéraient les voir advenir.
Cette enquête ne conclut pas à une culpabilité pénale — ce serait le rôle d’un tribunal. Elle pose une question politique simple : pourquoi certains sont-ils si prompts à juger un pays quand leurs propres actes n’ont jamais été examinés ? Tant que cette asymétrie perdurera, les leçons données à l’Algérie sonneront creux.
On peut critiquer un État. Encore faut-il accepter d’être critiqué à son tour. Sur ce terrain, Driencourt réclame la lumière pour les autres et l’ombre pour lui-même.
S. Méhalla
