Paris aurait-elle mis de l’eau dans son vin? Après avoir hébergé et soutenu la démarche du mouvement terroriste du MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie), Paris vient de faire un revirement à 180 degrés.
En effet, la préfecture des Yvelines a interdit la « manifestation de proclamation d’indépendance de la Kabylie» annoncée pour hier à Versailles.
Certes, cette interdiction ne vise pas spécifiquement un rassemblement à caractère politique, mais tout rassemblement festif non autorisé dans les Yvelines jusqu’au 15 décembre, invoquant des raisons de sécurité. Quelque soient les visées de l’arrêté administratif, il n’en demeure qu’il porte un coup dur à ce mouvement classé comme terroriste en Algérie et qui a toujours pris Paris comme point de départ de son projet.
Pragmatique politique
Certes, l’arrêté d’interdiction émane de la préfecture des Yvelines, mais il n’en demeure que sur injonction des hautes autorités françaises. Une interdiction qui ne saurait être interprété autrement que comme une «main tendue» de l’Élysée.
Histoire de sauver les meubles. Ainsi, la décision d’interdire le « rassemblement» aura, au moins le mérite d’éviter un effondrement total et imminent des relations algéro-françaises. Une « initiative amicale » de la France envers l’Algérie, notamment au regard de la volonté affichée par Paris de relancer les relations bilatérales.
Des relations en pleine détérioration depuis plus d’un an, sur fond de colère algérienne provoquée par le soutien de l’Élysée au Maroc dans le dossier du Sahara.
D’autant que cette interdiction intervient dans un contexte de préparatifs en cours depuis deux semaines pour une visite en Algérie du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, afin d’aborder des dossiers liés à la sécurité et à l’immigration irrégulière.
Pour beaucoup d’observateurs, il est inconcevable que la France autorise une initiative susceptible de remettre en cause le rapprochement récemment amorcé entre les deux pays. En somme, cette interdiction reflète un «choix politique clair et délibéré».
La France aurait compris que permettre à une organisation séparatiste de proclamer publiquement l’indépendance de la Kabylie sur son sol constituerait un acte politique extrêmement dangereux, aux conséquences graves pour toute tentative future de normalisation des relations ou de renforcement de la coopération diplomatique avec l’Algérie.
En interdisant la manifestation, les autorités françaises tentent d’éviter de provoquer le courroux d’Alger, conscientes qu’un tel événement aurait été interprété comme une reconnaissance implicite d’un mouvement séparatiste. Une décision illustrant le « pragmatisme politique français», où les intérêts stratégiques et diplomatiques priment sur les principes proclamés de liberté d’expression et de pluralisme politique.
La logique de la prévention
En interdisant la manifestation, Paris opte pour la logique de la prévention des dommages diplomatiques. Une manière de reconnaître que «la question kabyle est un dossier extrêmement sensible, capable de déstabiliser les relations bilatérales».
Cette interdiction montre également que, lorsque les enjeux géopolitiques s’intensifient, les droits politiques deviennent conditionnels et sélectifs. Par cette décision, les autorités françaises tenteraient de gagner la faveur des autorités algériennes. La France chercherait également à réduire l’escalade avec l’Algérie, malgré une crise toujours en cours, notamment à la suite de l’arrestation d’un journaliste algérien sur le territoire français.
Badis B.
