La lettre signée par Emmanuel Macron, datée du 6 août 2025, marque une nouvelle étape dans l’hypocrisie politique d’un président plus soucieux d’apparences que de vérité diplomatique.
Derrière un ton martial, se cache un chef d’État qui, une fois encore, sacrifie la cohérence et la dignité au profit de la posture. Dans un document où il prétend défendre « les intérêts de la France », il démontre surtout son impuissance déguisée en fermeté, son autoritarisme verbal déconnecté de la réalité du terrain, et une vision profondément méprisante à l’égard de l’Algérie.
Dans la première partie de sa lettre, Macron se rêve en homme fort, en chef intransigeant, en général de papier. Il ordonne, exige, suspend, menace, comme s’il découvrait soudainement les dysfonctionnements d’une coopération migratoire qu’il a lui-même contribué à dégrader par son inconstance et son cynisme. Pourquoi tant de retard à agir s’il y avait urgence ?
Pourquoi attendre que les relations s’enveniment pour sortir des textes législatifs comme l’article 47 du CIAI, alors qu’il aurait pu œuvrer à une coopération respectueuse et mutuelle bien plus tôt ?
Ce « chef intraitable » n’est en réalité qu’un acteur de tragédie en costume de président, jouant une partition populiste pour flatter les opinions les plus hostiles à l’immigration.
Le passage sur les ressortissants algériens dits « dangereux » est d’une violence symbolique inacceptable.
Il essentialise, amalgame, stigmatise toute une communauté, sous prétexte de quelques cas isolés. En inscrivant cette délinquance dans une stratégie diplomatique, Macron franchit un cap dangereux, flirtant avec les pires relents de la rhétorique d’extrême droite.
Il parle de « sans repos, sans répit » comme s’il lançait une croisade contre des ennemis intérieurs. Ce n’est plus de la diplomatie, c’est une déclaration de guerre bureaucratique masquée.
Et puis, soudain, dans un retournement d’intonation presque grotesque, le ton change. La dernière partie de la lettre – la plus révélatrice – tente de camoufler cette brutalité sous un vernis de bons sentiments : Macron évoque « les liens humains », « le respect de notre histoire », « les aspirations communes ».
Trop tard. Le mal est fait. Ce double discours ne trompe plus personne. Il pense pouvoir manier la trique et l’étreinte, la punition et le dialogue. Mais ce genre d’équilibrisme ne relève plus de la finesse stratégique : c’est de la duplicité.
La réalité est que cette correspondance est moins destinée au Premier ministre qu’aux cercles de pouvoir français et à une opinion publique chauffée à blanc par les fantasmes migratoires.
C’est un calcul politique : montrer qu’on tape du poing sur la table face à l’Algérie, tout en espérant sauver les apparences d’une relation bilatérale qu’il a lui-même détricotée. Cette manière de gouverner par le double jeu est la signature d’un pouvoir en perte de crédibilité, incapable d’assumer une ligne claire, incapable d’inventer un futur commun avec l’Algérie.
Macron se prétend ferme, il est fébrile. Il prétend défendre les Français, il les désinforme. Il dit vouloir protéger les relations historiques avec l’Algérie, mais il en piétine les fondations.
Ce document est à lire comme une pièce de théâtre diplomatique ratée : le rideau est tombé, le public n’est plus dupe, et l’acteur principal n’a plus de voix crédible. Une telle posture, loin de résoudre les tensions, les attise dangereusement.
Samir Méhalla
