Sous couvert de débats «sans tabous», CNews s’est muée en tribune permanente de la rancune et du rejet.
Par Rédaction de Crésus
Ce qui se présentait jadis comme une chaîne d’information en continu est devenu une fabrique d’opinions radicales, où la colère se vend comme spectacle et où les chroniqueurs jouent les incendiaires du soir.
De Pascal Praud à Christine Kelly, en passant par Élisabeth Lévy ou Ivan Rioufol, le discours est calibré : il faut frapper fort, diviser, provoquer.
L’immigration, l’islam, la gauche, les syndicats, les artistes – tout y passe, dans une litanie de mépris feutré et de peur instrumentalisée.
Les mêmes mots reviennent : «ensauvagement», «islamisation», «perte d’identité». Mais derrière ce lexique anxiogène se cache un projet idéologique : installer la haine comme réflexe, banaliser le rejet de l’autre en le déguisant en bon sens populaire.
La Palestine ? Silence gêné, ou relativisme moral : l’occupé devient coupable, le bourreau victime d’un «conflit compliqué». L’Algérie ? Systématiquement ramenée à la délinquance ou à la «repentance». L’immigration ? Réduite à une menace démographique. Même les drames humains deviennent matière à polémique : chaque fait divers est surinterprété pour servir une vision du monde fermée, défensive, ethno-centrée.
Ce qui frappe, c’est la cohérence du dispositif : plateau en colère, bandeaux agressifs, musique dramatique. Le téléspectateur n’est plus informé, il est conditionné. La chaîne cultive un sentiment de siège, un état d’urgence permanent qui fabrique l’ennemi et justifie toutes les crispations. Dans cette liturgie médiatique, la haine devient émotion nationale, la peur devient patriotisme, et l’argument rationnel n’a plus sa place.
CNews n’est plus un média, c’est une secte télévisuelle : même vocabulaire, mêmes figures, mêmes obsessions. La diversité des opinions y est factice, la pluralité, supprimée au profit du choc, du slogan et de l’indignation permanente. Cette machine de guerre culturelle, conçue pour influencer le vote et l’humeur collective, a réussi : elle a déplacé le centre de gravité du débat public vers les marges de l’intolérance.
La haine, désormais, fait de l’audience. Et l’audience, sur CNews, fait doctrine.
En vérité, ces chroniqueurs n’ont rien de journalistes : aucun parcours, aucune rigueur, aucune école. Ils bavardent là où d’autres enquêtaient, accusent là où jadis on vérifiait. Leur verbe remplace la preuve, leur colère tient lieu d’argument. Loin de la déontologie, ils foulent aux pieds les lignes rouges que respectait la génération précédente — celle qui servait l’information, pas l’idéologie.
R.C.
