En 2025, l’armateur CMA CGM a engagé des discussions avancées avec l’Algérie afin de franchir une étape décisive : passer d’une simple présence commerciale à une implantation industrielle et logistique structurante.
Déjà actif dans neuf ports algériens (Alger, Annaba, Béjaïa, Skikda ou Ghazaouet), le groupe souhaitait prendre pied dans la gestion directe d’infrastructures portuaires et logistiques nationales.
Le cœur du projet est de transformer Oran en hub méditerranéen. Au centre des négociations, figurait la concession du terminal à conteneurs d’Oran via la filiale CMA Terminals, avec modernisation complète des quais, dragage et automatisation. L’objectif affiché était de créer environ 2 000 emplois directs.
L’ambition dépassait le port lui-même : il s’agissait de faire de l’Algérie une plateforme logistique reliant l’Europe, l’Afrique et la Méditerranée occidentale.
Les discussions évoquaient également la modernisation des ports d’Oran et de DjenDjen pour réduire la congestion d’Alger, la participation à la restructuration de la compagnie maritime nationale CNAN, et l’ouverture d’une ligne passagers Marseille–Alger.
L’ensemble représentait plusieurs milliards d’euros d’investissements à moyen terme.
Pourquoi Alger intéressait tant l’armateur ?
Pour Rodolphe Saadé, l’Algérie constitue une pièce géostratégique, avec une position centrale entre l’Europe et l’Afrique, un marché importateur massif et des ports congestionnés (jusqu’à 7 jours d’attente à Alger). Autrement dit, un territoire où la logistique crée immédiatement de la valeur — et du pouvoir.
Malgré les avancées, les négociations ont été ralenties par la crise diplomatique algéro-française. Le dossier est devenu un test de souveraineté économique : confier un terminal stratégique à un acteur étranger ou préserver la maîtrise nationale des flux.
Ce «saut algérien» illustre la logique mondiale du groupe : contrôler les ports pour contrôler les routes commerciales. Pour l’Algérie, l’enjeu est inverse : attirer l’investissement sans abandonner la souveraineté logistique.
Le projet n’a donc jamais été seulement industriel. Il était — et restera — profondément politique.
R.E
