L’ancien chef du gouvernement espagnol a affirmé que l’ancien président français, Jacques Chirac, mu par ses relations étroites avec Hassan II et Mohamed VI, a tenté d’exercer des pressions directes pour pousser l’Espagne à faire des concessions territoriales en faveur du Maroc.
Avec le temps, les langues se délient. Et la vérité éclate au grand jour. Ainsi, la reconnaissance par la France de la pseudo-souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, ne date pas de l’ère Macron. En effet, l’ancien Président du Gouvernement espagnol, José Maria Aznar, a affirmé que le Président français de l’époque, Jacques Chirac, lui avait demandé de céder Ceuta, Melilla et le Sahara occidental au Maroc pendant la crise des îlots de Perejil en juillet 2002. Une révélation faite dans le cadre du documentaire « Perejil, la guerre qui n’a eu lieu », produit par « La Aventura » et diffusé par « RTVE », et qui revient sur la crise de juillet 2022.
Une crise ayant éclaté lorsque le Maroc a occupé l’île de Toura (Perejil), et que l’Espagne a répondu par une opération militaire limitée baptisée « Romeo Sierra » pour reprendre l’île.
Selon le média El Confidencial, Aznar y affirme que la France avait adopté une position clairement favorable au Maroc. « Chirac m’a dit que le mieux était de céder Ceuta, Melilla et le Sahara occidental », raconte l’ancien président, qui assure avoir rejeté catégoriquement cette suggestion la considérant comme une ingérence inacceptable dans les intérêts de la politique étrangère espagnole. « Je lui ai répondu que non, en aucune façon », a-t-il ajouté.
Ces déclarations, révélées plus de vingt ans après l’incident, apportent un nouvel élément polémique au débat sur la souveraineté des villes autonomes espagnoles. Bien que le Maroc ait toujours revendiqué Ceuta et Melilla, jamais jusqu’ici un dirigeant européen de haut niveau n’avait publiquement proposé de les céder comme solution diplomatique
Revenant sur la question du Sahara occidental, José-Maria Aznar affirme que « la France a exercé des pressions directes pour pousser l’Espagne à faire des concessions territoriales en faveur du Maroc ». La position ambiguë de la France apparaît maintenant comme beaucoup plus alignée sur Rabat, selon les propos d’Aznar, qui a évoqué des tentatives désespérées de Paris pour « modifier la position de l’Espagne sur la question du Sahara occidental ». Selon les propos de José Maria Aznar, l’ancien président français, Jacques Chirac, mu par ses relations étroites avec Hassan II et Mohamed VI, a tenté d’imposer une solution en faveur de Rabat. Poursuivant ses révélations, l’ancien chef du gouvernement espagnol, entre 1996 et 2004, a soutenu que « la France a empêché le soutien de l’Union européenne à l’Espagne durant la crise ». Selon Aznar, cet épisode confirme « la complicité historique de la France avec les ambitions expansionnistes du Maroc ».
Une trahison historique
La France, bien qu’elle ait toujours soutenu la thèse des Nations unies en faveur d’un référendum sur le Sahara occidental, s’est jointe l’année dernière sous la présidence d’Emmanuel Macron à la position américaine en faveur du plan d’autonomie annoncé par Rabat. Pour l’heure, ni le gouvernement français ni celui du Maroc n’ont réagi aux déclarations d’Aznar. Cependant, sur les réseaux sociaux et dans certains cercles politiques, ses propos ont déjà suscité de vives réactions, certains qualifiant la proposition de Chirac de « trahison historique déguisée ». Une position dénoncée par l’Algérie qui l’a qualifiée d’« inopportune et contre-productive ». « Les puissances coloniales, anciennes et nouvelles, savent se reconnaître, se comprendre et se rendre des mains secourables. La décision française relève manifestement d’un calcul politique douteux, d’un apriori moralement contestable et de lectures juridiques que rien ne conforte et rien ne justifie. Cette décision française n’aide pas à réunir les conditions d’un règlement pacifique de la question du Sahara Occidental, elle conforte une impasse, celle créée précisément par le prétendu plan d’autonomie marocain et qui dure depuis plus de dix-sept ans », est-il mentionné dans le communiqué du ministère des Affaires étrangères. Et de souligner que « le Gouvernement algérien retient de la décision française qu’elle ne sert absolument pas l’objectif de la paix au Sahara Occidental, qu’elle aide à prolonger une impasse et qu’elle justifie et aide à consolider le fait accompli colonial dans ce territoire ».
Les révélations de José Maria Aznar confirment la complicité historique de la France avec les aspirations territoriales du Maroc, et révèlent comment les puissances européennes ont essayé de conditionner la politique espagnole en Afrique du Nord en faveur de l’expansionnisme marocain. Dans un contexte actuel de relations complexes avec le Maroc, et alors que Ceuta et Melilla restent au cœur des enjeux diplomatiques, les propos d’Aznar prennent une nouvelle résonance.
Badis B.