La Chine, la Russie, le Pakistan et la Corée du Nord viennent d’officialiser leur alliance avec l’Iran, scellant un front stratégique qui redessine les équilibres mondiaux.
Cette convergence dépasse les logiques régionales : elle traduit une ambition claire de remettre en cause l’unilatéralisme occidental et d’imposer une lecture multipolaire des rapports internationaux. Une dynamique affirmée, structurée, qui tranche brutalement avec l’inertie du monde arabe et musulman, pourtant directement exposé aux grands bouleversements géopolitiques en cours. Cette absence devient plus frappante encore lorsqu’on regarde vers Ghaza. Depuis des mois, la population palestinienne y subit une offensive militaire d’une brutalité sans précédent. Les pertes humaines sont massives, les infrastructures anéanties, et la population laissée à elle-même dans une tragédie humanitaire ignorée. Si les condamnations verbales existent, rares sont les mesures concrètes prises pour faire cesser l’hécatombe. La solidarité se perd dans des discours convenus, sans résonance ni impact réel.
Dans ce contexte, l’annonce de cette coalition géopolitique prend une tout autre résonance. L’Iran, souvent sous sanctions, parvient à cristalliser autour de lui des partenaires de poids. La Chine et la Russie, deux piliers du Conseil de sécurité de l’ONU, affirment leur proximité stratégique avec Téhéran. Le Pakistan, puissance nucléaire musulmane, et la Corée du Nord, bien que marginalisée, viennent renforcer cet axe, suggérant l’émergence d’un front alternatif à l’ordre établi. Et pendant ce temps, que fait le monde arabe ? Divisé, hésitant, miné par ses contradictions. Aucune initiative collective, aucun sursaut régional à la hauteur de la crise. Les États les plus proches du drame palestinien restent figés, sans activer les leviers diplomatiques ou économiques pourtant à leur portée. Ce contraste interroge. Comment expliquer que des puissances éloignées prennent position avec fermeté, tandis que les nations les plus directement concernées demeurent passives ? Chaque soubresaut qui secoue le Moyen-Orient ravive une interrogation que beaucoup préfèrent étouffer : les peuples trahissent-ils leurs propres causes ? Lorsque Ghaza s’embrasait sous les bombes, que Baghdad s’effondrait lentement, que la Syrie agonisait sous le regard du monde, que la Libye se noyait dans l’anarchie et que le Yémen était sacrifié, les masses silencieuses ont-elles failli à leur devoir ? Face à l’assassinat en plein jour des scientifiques et hauts responsables iraniens, à la montée des haines identitaires, à l’ancrage du sectarisme et à la banalisation de la violence, l’inaction populaire interroge.
Est-ce le fruit d’un épuisement intérieur, ou le résultat d’un effondrement planifié, pensé sur plusieurs décennies ? Sommes-nous témoins d’une manipulation méthodique des sociétés arabes et musulmanes, devenues malgré elles des rouages passifs d’un grand jeu qui les dépasse ? La question n’est plus de savoir si les peuples ont été instrumentalisés, mais jusqu’à quand ils accepteront de l’être. Dans les rues, la jeunesse arabe informée et connectée, exprime son incompréhension, parfois sa colère. Car pendant que des pays d’Amérique latine ou d’Afrique prennent des positions courageuses pour la Palestine, les grandes capitales arabes demeurent figées, engluées dans des logiques d’intérêts à court terme. Ce déficit de vision commune dépasse la seule cause palestinienne. Il révèle une fragilité structurelle : absence de stratégie régionale, inexistence de coordination diplomatique, et inaptitude à défendre collectivement des intérêts partagés. L’unité fait défaut, la volonté politique aussi. Dans cet espace laissé vacant, d’autres puissances imposent leurs règles, leurs récits, leurs alliances. L’alliance autour de l’Iran, aussi controversée soit-elle, devient dès lors un symbole. Elle incarne une cohérence que beaucoup regrettent de ne pas retrouver dans le monde arabe.
Car au-delà des rivalités internes, ce qui manque le plus cruellement, c’est la capacité à se mobiliser pour des causes justes et à affirmer une parole collective. Ne pas le faire, c’est laisser d’autres parler au nom des peuples musulmans. C’est risquer de perdre influence, légitimité… et mémoire.
Assia M.