L’affaire de l’assassinat d’un ressortissant camerounais, présenté comme un charlatan, connaît un nouveau rebondissement judiciaire. Les juges de la chambre criminelle de la Cour suprême ont en effet accepté le pourvoi en cassation introduit par le procureur général près la cour d’Alger, qui représentait le ministère public.
Le haut magistrat contestait la clémence du jugement rendu en 2014 par le tribunal criminel d’Alger, estimant qu’il ne reflétait pas la gravité des faits. Le dossier devait être examiné lors de la dernière session, mais l’absence des avocats de la défense a contraint la cour à reporter l’affaire à la prochaine audience.
Condamnations et controverses
L’un des principaux accusés, S.M. Rafik, avait été condamné par contumace à la réclusion à perpétuité, avant de se présenter volontairement à la justice plusieurs années plus tard. À la surprise générale, il n’avait écopé que d’une peine d’un an de prison avec sursis. Les juges l’avaient déclaré coupable uniquement de non-dénonciation de criminels, mais l’avaient acquitté de l’accusation de participation directe au meurtre. Pourtant, selon l’accusation, le mis en cause avait transporté dans sa voiture de marque Ibiza les trois autres inculpés — déjà condamnés définitivement après le rejet de leurs pourvois — vers le quartier populaire d’El Doum, à Bordj El Kiffan, où s’était produit le drame. Le procureur général avait requis dix ans de prison ferme, arguant que S.M. Rafik savait que ses compagnons portaient des couteaux et un Taser, et qu’il avait de ce fait participé pleinement au crime. L’avocat de la défense, lui, avait plaidé l’ignorance, affirmant que son client ignorait totalement l’intention homicide de ses passagers.
Un règlement de comptes sanglant
Le 27 mars 2013, la police de la cité Faizî, à Bordj El Kiffan, avait reçu un appel alarmant : un Camerounais venait d’être violemment agressé par quatre individus circulant à bord d’une Ibiza. Arrivés sur place, les agents avaient découvert une scène de grande violence : la victime gisait, mortellement blessée de 17 coups de couteau portés dans différentes parties du corps.
Rapidement, l’enquête avait permis d’identifier et d’arrêter les agresseurs. Trois d’entre eux avaient été condamnés, le 6 juin 2014, à dix ans de réclusion criminelle par le président du tribunal criminel d’Alger, Tayeb Hellali, tandis que deux autres avaient été acquittés.
Une escroquerie à l’origine du drame
L’enquête avait révélé que le meurtre était lié à une affaire d’escroquerie. Le charlatan camerounais avait soutiré 100 millions de centimes aux agresseurs en leur promettant un retour faramineux sur investissement. Selon ses dires, la somme devait se transformer en un milliard de dollars grâce à un mystérieux rituel impliquant une encre colorée en vert. Trompés et humiliés, les mis en cause avaient décidé de se venger.
Aujourd’hui, le parquet général estime toujours que la peine prononcée contre S.M. Rafik est trop clémente au regard de son rôle dans l’affaire. C’est dans ce contexte que la Cour suprême a accepté le pourvoi, ouvrant la voie à un nouveau procès. Celui-ci devrait permettre de réexaminer en profondeur les responsabilités de chacun et de déterminer si l’accusé doit répondre non seulement de complicité, mais aussi de participation directe au meurtre.
R.H.
