L’Algérie est aujourd’hui confrontée à une guerre silencieuse mais dévastatrice. Une guerre sans missiles ni tanks, mais qui tue, ronge et désintègre de l’intérieur.
Par Samir MÉHALLA
Cette guerre, c’est celle de la drogue, des psychotropes et des substances hallucinogènes. Une offensive chimique qui cible délibérément la jeunesse et s’attaque à l’unité nationale.
Le pays est pris en étau. À l’ouest, le Maroc, qui s’est imposé comme un géant de la production de cannabis, inonde les frontières algériennes via des circuits aussi rodés que protégés. Le royaume chérifien, en tolérant une économie parallèle fondée sur le haschisch, ferme les yeux sur le rôle stratégique de cette arme sociale.
À l’est, les failles libyennes servent de canaux à d’autres drogues, plus dangereuses encore : comprimés de Lyrica, Captagon, Fentanyl, et autres opioïdes synthétiques. Des substances parfois utilisées dans les conflits du Moyen-Orient pour galvaniser les combattants, circulent désormais dans nos villes et nos rues.
Au sud, le Sahel agit comme un carrefour mondial du trafic. Des réseaux transnationaux y organisent des livraisons de cocaïne depuis l’Amérique latine, transitant via la Guinée, le Bénin ou le Nigeria, avant de remonter vers les grandes villes du Nord.
Des chiffres qui glacent le sang
En 2024, les forces de sécurité algériennes ont saisi plus de 100 tonnes de résine de cannabis, 12 millions de comprimés psychotropes, et démantelé plus de 350 réseaux de trafic intérieur et transfrontalier. Ces chiffres, pourtant impressionnants, ne seraient que la partie émergée de l’iceberg. Chaque semaine, des saisies records sont annoncées, mais pour chaque convoi intercepté, combien passent sous les radars ?
Selon des données confidentielles, plus de 30% des jeunes entre 15 et 25 ans auraient expérimenté une forme de drogue, qu’elle soit douce ou dure. L’âge d’entrée dans la consommation serait désormais de 13 ans dans certaines zones périurbaines.
Une société en danger
Ce ne sont plus des individus qui consomment : ce sont des quartiers entiers qui s’effondrent. Le trafic devient une économie parallèle, une forme d’ascension sociale pervertie. Les écoles sont infiltrées, les prisons surpeuplées, les hôpitaux psychiatriques débordés. Loin d’être un problème de santé isolé, la drogue devient un phénomène systémique : elle détruit la cellule familiale, alimente la délinquance, corrompt les institutions locales.
Les conséquences sont profondes : décrochage scolaire, agressions, troubles du comportement, repli sur soi, radicalisation. À long terme, c’est l’équilibre même de la nation qui serait mis en péril.
Un enjeu géopolitique majeur
La drogue n’est pas qu’un fléau sanitaire ou criminel. Elle est aussi un levier géopolitique. Utilisée comme arme de subversion, elle affaiblit les sociétés, désoriente la jeunesse, sape la cohésion nationale. Certains services de renseignement étrangers l’ont compris depuis longtemps : pour faire tomber un État, il suffit parfois d’en intoxiquer la base sociale.
En ce sens, l’Algérie est visée. Car l’Algérie dérange. Son indépendance diplomatique, sa stabilité relative, sa posture stratégique en Méditerranée, son influence croissante en Afrique n’enchantent pas tout le monde. Laisser circuler la drogue, voire l’encourager en sous-main, devient alors une tactique d’usure invisible.
La réponse de l’État : un mur à renforcer
Notre pays ne reste pas les bras croisés. L’Armée Nationale Populaire (ANP), la gendarmerie, la DGSN, les douanes, les services de renseignement agissent de concert. Des drones, radars, brigades cynophiles, postes de surveillance ont été déployés. Des campagnes de sensibilisation sont en cours dans les écoles, les mosquées, les médias.
Mais cela ne suffit pas. Il faut frapper plus haut, plus fort, plus loin.
Il faut démanteler les réseaux financiers du trafic. Suivre la trace de l’argent. Geler les avoirs. Fermer les failles dans les circuits bancaires parallèles. Il faut des lois plus dures, des sanctions exemplaires, des enquêtes transfrontalières. Il faut aussi assainir l’intérieur : certaines pharmacies, cliniques, complices, ou fonctionnaires corrompus doivent être traduits en justice.
Une mobilisation de toute la société
Face à cette guerre, la réponse ne peut être uniquement sécuritaire. Elle doit être culturelle, sociale, éducative, spirituelle. L’école doit redevenir un rempart. La famille, une protection. La mosquée, une voix de conscience. Les associations, des relais d’espoir. Les médias, des outils de vérité.
Il est temps que chaque citoyen, chaque père, chaque mère, chaque enseignant, chaque imam, chaque journaliste se pose la question : et si c’était mon enfant ?
Ne pas nommer la guerre, c’est déjà la perdre.
L’Algérie ne peut plus traiter la question de la drogue comme un simple enjeu sanitaire. C’est une attaque contre la nation, contre son avenir, contre son âme. Il est temps de l’affronter avec lucidité, courage et unité.
S.M.
