Un responsable égyptien a affirmé que des instructions strictes ont été données aux autorités frontalières pour empêcher l’entrée de la Caravane de la Résistance (Al Soumoud) sur le territoire égyptien.
La caravane Soumoud qui tente de rallier le poste frontalier de Rafah, point de passage séparant l’Égypte de la bande de Ghaza, est toujours immobilisée, sous un soleil de plomb, à l’entrée de la ville de Syrte par les autorités de l’Est libyen qui invoquent la nécessité d’attendre des instructions en provenance de Benghazi pour autoriser son passage.
Dans un communiqué publié, vendredi soir, sur la plateforme d’information destinée aux médias, par les membres du Comité de coordination d’action conjointe pour la Palestine, il est fait part de «difficultés persistantes, notamment des perturbations des communications et des interférences sur internet, tandis que les négociations sont en cours avec les autorités libyennes concernant l’itinéraire de la caravane ainsi que des restrictions sévères imposées autour du camp».
La même source précise également qu’une partie des membres de la caravane était engagée dans des négociations avec les autorités libyennes au sujet des arrangements et des procédures de passage, conformes aux lois du pays et aux exigences sécuritaires. «Les forces de sécurité et militaires encerclant le camp ont imposé des restrictions strictes aux déplacements depuis et vers celui-ci en empêchant l’acheminement de l’aide et de la logistique, et en interdisant à certains membres de regagner le camp après en être sortis», est-il mentionné.
Ce que les organisateurs et l’ensemble des participants ont perçu comme une manœuvre politique traduisant le double discours des autorités de l’Est libyen, dirigé par Khalifa Haftar.
Pourtant, le slogan principal brandi par les milliers de militants partis d’Algérie, de Tunisie, de Libye et de Mauritanie, était aussi clair que dénué de toute connotation politique.
«Nous sommes des activistes civils et nous nous trouvons à égale distance de tous les belligérants politiques dans le Grand Maghreb. Notre objectif ultime consiste à secourir nos frères palestiniens de la bande de Ghaza affamés, assoiffés et atrocement torturés par une impitoyable machine de guerre sioniste». Tel est le leitmotiv de cette caravane de plus de 300 véhicules et de près de 1500 participants qui s’est retrouvée jusqu’à hier après-midi dans l’impasse, freiné à la fois par des contraintes logistiques et des enjeux diplomatiques régionaux.
Syrte ne sera pas le terminus
Pourtant, si les négociations se poursuivaient encore hier avec les autorités officielles de l’Est libyen, pendant que le blocus sécuritaire et militaire imposé au campement était toujours, drastiquement en vigueur, un communiqué du Comité de coordination d’action conjointe pour la Palestine, publié en début d’après-midi, il est fait part d’un appel pressant aux autorités libyennes à «lever le blocus imposé au campement de la caravane et à autoriser l’entrée de produits alimentaires afin d’atténuer la dureté des conditions de campement»
Comme il appelle les autorités à «mettre fin aux interférences sur les réseaux de communication avec le comité de pilotage de la caravane», avant de finir par souligner que «nous espérons que le processus de négociation et de coordination se poursuive dans un climat serein et fraternel tel qu’exprimé dans les communiqués de presse des ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur libyens à l’égard de la caravane Soumoud». Entre-temps, un responsable égyptien a affirmé au journal Asharq Al-Awsat que des instructions strictes ont été données aux autorités frontalières pour empêcher l’entrée de la «Caravane Soumoud» sur le territoire égyptien. Selon la même source, l’excuse avancée a trait au fait que les organisateurs de la caravane n’auraient pas respecté les procédures requises pour traverser les frontières, ce qui justifie la décision des autorités. Et de souligner que même dans le cas où la caravane aurait obtenu l’autorisation de passer par l’Est libyen, elle ne serait pas autorisée à franchir la frontière égyptienne. Ce refus serait, également motivé, selon le même responsable, par des comportements jugés suspects de la part de certains membres de la caravane, détenteurs de visa touristique. Le responsable a insisté sur la position intransigeante de l’Égypte face à toute initiative perçue comme une menace pour sa sécurité nationale. Il a déclaré que son pays ne tolérera aucun mouvement susceptible d’attiser les tensions à ses frontières, surtout dans un contexte régional déjà très instable, et ce, de la part de personnes dont les intentions et les affiliations restent obscures.
La caravane baptisée «Soumoud», lancée par la coordination d’action conjointe pour la Palestine, dont le seul mobile est de briser symboliquement le blocus sur Ghaza et d’exprimer un soutien populaire des peuples du Maghreb à la cause palestinienne, parviendra-t-elle à briser l’obstacle d’un espace charnière où se croisent enjeux sécuritaires, flux migratoires, rivalités régionales et ambitions politiques ? Wait and see…
Ferhat Zafane.