Deux semaines après les premières frappes américaines sur l’Iran, l’économie mondiale peine à digérer la crise énergétique provoquée par ce conflit. Le blocage du détroit d’Ormuz entretient une forte volatilité des marchés et fait craindre une hausse durable des prix du brut, inquiétant profondément l’industrie pétrolière.
Goldman Sachs estime que les expéditions de pétrole transitant par le Golfe se sont déjà effondrées de 97%, certaines journées s’étant déroulées sans qu’aucun pétrolier ne franchisse ce passage stratégique. Cette paralysie de l’artère énergétique la plus sensible du monde expose, désormais, l’économie mondiale à une secousse majeure, révélant les conséquences d’une confrontation aux effets manifestement mal anticipés.
Selon le Wall Street Journal, les dirigeants des majors pétroliers américains ont alerté l’Administration Trump sur le risque d’aggravation de la crise énergétique. Les patrons d’Exxon Mobil, Chevron et ConocoPhillips ont adressé un message inquiétant aux responsables de la Maison-Blanche et aux secrétaires à l’Énergie, Chris Wright, et à l’Intérieur, Doug Burgum. Ils estiment que les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz continueront d’alimenter l’instabilité des marchés mondiaux de l’énergie. Darren Woods, PDG d’Exxon, a averti que les prix du pétrole pourraient encore dépasser leurs niveaux déjà élevés si la spéculation s’emballait, entraînant un possible manque de produits raffinés. Les dirigeants de Chevron et ConocoPhillips partagent les mêmes inquiétudes.
Le pétrole reste très volatile
Depuis le début du conflit, le cours du Brent est passé de 72,48 dollars le 27 février à 103,14 dollars à la clôture vendredi dernier, soit une hausse de 42% sur la période et de 11% sur la semaine. L’équivalent américain, le WTI, a atteint 98,71 dollars le baril, soit plus de 47% d’augmentation depuis le début des hostilités.
Hier matin, le Brent gagnait 2,88 % à 106,03 dollars, tandis que le WTI progressait de 1,84% à 100,56 dollars. Les déclarations contradictoires de diverses parties ont provoqué de fortes fluctuations sur le marché pétrolier.
Les propos du président Donald Trump sur une possible fin rapide de la campagne militaire en Iran avaient initialement contribué à faire baisser les prix du pétrole. Cependant, les signes de perturbations réelles de l’approvisionnement, ainsi que la crainte que les pays ne puissent pas puiser rapidement dans leurs réserves d’urgence, ont entraîné une remontée des prix. La banque JP Morgan prévient que le pétrole pourrait atteindre 120 dollars le baril si le conflit au Moyen-Orient se poursuivait et perturbait les principales chaînes d’approvisionnement.
Le point de non-retour
Pour freiner la hausse des prix, plusieurs options ont été envisagées par l’administration américaine : allégement des sanctions sur le pétrole russe, libération massive de réserves stratégiques, facilitation des flux de brut entre ports américains, voire augmentation des échanges pétroliers avec le Venezuela.
Mais dans l’industrie, beaucoup estiment que ces mesures resteront insuffisantes. Selon eux, seule la réouverture du détroit d’Ormuz permettrait de stabiliser durablement les marchés. Donald Trump en est conscient, mais cela reste plus facile à dire qu’à faire. Il a évoqué l’envoi d’escortes militaires pour rétablir le trafic et exhorté les pays dépendant du pétrole du Golfe à envoyer des navires de guerre pour sécuriser le détroit. Sans résultat pour l’instant.
Alors qu’il se targue d’avoir décapité le régime iranien, Donald Trump semble à court d’options crédibles et a brandi la menace d’une attaque sur le plus grand terminal d’exportation de pétrole brut iranien, situé sur l’île de Kharg. En réponse, l’armée iranienne a promis de réduire en cendres les installations pétrolières et énergétiques liées aux États-Unis au Moyen-Orient. Si cette option était mise à exécution, elle précipiterait la région vers un point de non-retour.
S. Smati
