Maîtrise de l’inflation, régulation du marché parallèle des devises, modernisation bancaire et sortie de la liste grise du GAFI, autant de défis à relever dans un contexte économique sensible.
Le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a présidé mercredi à Alger la cérémonie d’installation du Gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohammed Lamine Lebbou, nommé à ce poste lundi dernier par le président Abdelmadjid Tebboune.
La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, de l’ex-gouverneur par intérim de la Banque d’Algérie, Mouatassem Boudiaf, ainsi que de directeurs d’institutions financières et de plusieurs cadres supérieurs. Boudiaf avait été nommé à la tête de l’institution après que le chef de l’État eut mis fin aux fonctions de l’ancien gouverneur, Salah Eddine Taleb.
À l’occasion de l’installation de Mohammed Lamine Lebbou, le sixième à occuper ce poste en dix ans, le Premier ministre a souligné l’importance d’une « coordination étroite » entre la Banque d’Algérie et le ministère des Finances, en raison des « grands projets qui seront annoncés prochainement et qui requièrent l’innovation ».
Le nouveau gouverneur fait face à une série de chantiers stratégiques où s’entremêlent impératifs monétaires, équilibres budgétaires et enjeux politiques. Maîtrise de l’inflation, intégration de la sphère informelle et sortie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) figurent parmi les priorités immédiates.
Une équation délicate
La mission première du nouveau gouverneur consiste à préserver les grands équilibres macroéconomiques. Dans un contexte de pressions inflationnistes persistantes, il devra ajuster la masse monétaire aux besoins réels de l’économie, tout en évitant de freiner la dynamique de croissance engagée par les pouvoirs publics.
L’enjeu est double : contenir la hausse des prix par une gestion fine des taux d’intérêt et des instruments monétaires, tout en soutenant l’investissement productif. La stabilité des prix reste la condition essentielle pour garantir un climat des affaires prévisible et attractif.
La coordination avec le Trésor sera déterminante. Le financement des grands projets publics devra être encadré afin d’éviter toute dérive inflationniste ou expansion monétaire excessive susceptible d’éroder les réserves de change.
Marché parallèle et dinar
Autre dossier sensible : le démantèlement du marché parallèle des devises. L’écart persistant entre le taux officiel et le taux informel fragilise la crédibilité du système financier. L’ouverture de bureaux de change agréés et une réforme plus souple de l’allocation touristique pourraient contribuer à réduire cette distorsion.
Cependant, la stabilisation durable du dinar ne pourra se faire sans une diversification réelle des sources de devises, notamment à travers le développement des exportations hors hydrocarbures.
Modernisation bancaire et inclusion financière
La réforme du système bancaire constitue un autre axe majeur. La numérisation des services, le développement des paiements électroniques et l’élargissement de l’inclusion financière doivent permettre d’intégrer les importantes liquidités circulant hors du circuit bancaire.
Le développement de la finance islamique et de produits dédiés aux start-up apparaît également comme un levier pour diversifier les sources de financement et réduire la pression sur les finances publiques.
Sur le plan international, la sortie de la liste grise du GAFI représente un enjeu crucial pour l’image et l’attractivité du pays. Le renforcement des dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme sera déterminant pour restaurer la confiance des partenaires étrangers.
R.E.
