Les magistrats de la chambre criminelle de la Cour suprême statueront au début du mois prochain dans le pourvoi en cassation introduit par le procureur général près le tribunal criminel d’Alger de la deuxième instance judiciaire dans l’affaire de «l’éboueur» qui a porté atteinte au premier magistrat du pays.
Par Redouane Hannachi
Le procureur a dans son mémoire déposé au niveau du greffe de la plus haute institution estimé que le mis en cause a bénéficié de larges circonstances atténuantes. Poursuivi pour atteinte à la personne du président de la République, Abdelmadjid Tebboune et à la personne du Général-Major, Chef de l’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), Saïd Chanegriha, l’inculpé Oukaci Nacer, la quarantaine passée, éboueur de son état et champion arabe et africain en athlétisme, a été condamné lors des dernières sessions criminelles à 36 mois de prison dont 18 mois avec sursis par le tribunal criminel d’Alger de la deuxième instance présidé par Mme Haddad Lynda.
Le mis en cause qui a été arrêté dans son lieu de travail à Bir Mourad Rais a été reconnu pénalement responsable des chefs d’inculpation entre incitation à la propagation des idées portant atteinte à la sécurité de l’Etat et appel à la rébellion en appelant ses collègues à organiser des manifestations qui visent la création d’un syndicat pour les travailleurs de NETCOM. Lors des délibérations entre la présidente et ses deux conseillers puisque les quatre membres du jury n’assistent pas dans ce genre d’affaires car cela relève du volet lié à la lutte anti-terroriste, l’incarcéré qui a rejoint les siens le mercredi dernier a été reconnu également coupable d’avoir pris attache avec Zitout Mohamed Larbi membre fondateur du mouvement terroriste Rachad et d’avoir apprécié les critiques et commentaires publiés par l’évadé Amir Boukhars dit ‘Amir DZ’ et contacté la terroriste Yasmine Si Hadj Mohand et de s’être opposé à l’incarcération de Brahim Lalami. Lors de son audition l’incriminé a avoué avoir commenté via Facebook, les aides financières octroyées par l’Etat algérien à la Tunisie et à la Palestine mais il a par contre nié s’être opposé à l’initiative du Président de la République de porter secours notamment à nos frères palestiniens. L’inculpé a par ailleurs nié avoir critiqué le chef de l’Etat-Major en l’occurrence le Général-Major Saïd Chengriha. Il a reconnu avoir demandé aux terroristes Zitout et Boukhars de publier des informations quant aux mouvements de grève déclenchés et organisés par les agents de Netcom en 2019. Pis encore, il a déclaré : «J’ai envoyé 3 000 dinars à Zitout pour la publication la doléance des éboueurs !».
Le procureur général a requis au cours de son réquisitoire une peine de dix ans de prison ferme estimant que toutes preuves légales matérielles sont réunies notamment en ce qui concerne les contacts détectés suite à l’expertise électronique établie sur son compte Facebook et son portable. Cette dernière expertise a déterminé que le mis en cause était en contact avec des membres fondateurs du mouvement terroriste Rachad et à leur tête Zitout Larbi et Amir Boukhars. Ces derniers font l’objet de mandats d’arrêts internationaux. Dans sa plaidoirie son avocate Fetta Sadat a d’emblée affirmé à la présidente chargée de l’affaire que : «les faits imputés à mon client se basent sur uniquement un avis et une opinion qui ne portent en aucun cas atteinte à la sécurité de l’Etat ni à la personnalité du président de la République ni celle du chef de l’Etat-Major de l’Armée Nationale Saïd Chengriha ». Elle a en outre affirmé : «Mon client a partagé des publications sans se rendre compte des choses déjà publiées. Les idées évoquées ne sont pas à caractère terroriste». Elle a enfin estimé : «Mon client n’est pas un personnage extraordinaire.
Il ne peut pas influencer. C’est un cas social qu’il faut prendre en considération. Les éléments constructifs ne sont pas réunis contre le mis en cause qui mérite l’application des articles ayant trait aux circonstances atténuantes». Il convient de signaler que le mis en cause a été condamné lors de son premier procès au niveau du tribunal criminel de la première instance de Dar El Beida à trois ans de prison dont une année avec sursis.
R.H