Les récentes déclarations de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, n’ont pas été du goût de la droite et de l’extrême droite française qui ont immédiatement suscité de vives critiques.
Paris souhaite relancer massivement la délivrance de visas aux ressortissants algériens et retrouver le niveau d’avant-crise. Le changement de ton entre les deux capitales est manifeste. Mais cette nouvelle étape dans le rapprochement diplomatique engagé avec Alger ne plaît pas à tout le monde.
Comme d’habitude et à chaque rapprochement entre les deux pays, des acteurs politiques, issus principalement de la droite française, montent au créneau pour alimenter la crise. Ils sont tous vent debout contre toute détente vis-à-vis de l’Algérie surtout, en ce qui concerne le quota des visas délivrés.
Les récentes déclarations de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, annonçant une volonté de délivrer de nouveau environ 250.000 visas par an aux Algériens, n’ont pas été du goût de la droite et de l’extrême droite française qui ont immédiatement suscité de vives critiques.
Les principales critiques formulées à l’encontre de la feuille de route diplomatique du gouvernement incluent les Républicains (LR) et le Rassemblement national (RN) qui dénoncent une «capitulation» et un «renoncement» face à l’Algérie, soulignant que cette hausse des visas n’est assortie d’aucune garantie concernant la réadmission des ressortissants algériens sous Obligation de quitter le territoire français (OQTF).
Des figures connues comme Bruno Retailleau, Marine le Pen ou Jordan Bardella ont vivement réagi, estimant que la diplomatie française courbe inutilement l’échine devant Alger. Bruno Retailleau, l’ex-ministre de l’Intérieur, est monté au créneau comme à son habitude pour dénoncer les propos de l’ambassadeur. Il estime que la France «abandonnerait son principal levier de pression sans obtenir de contrepartie».
Il conditionne toute augmentation du nombre de visas à deux exigences : la réadmission par Alger de ses ressortissants visés par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la libération du journaliste français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison en Algérie.
Il reproche également à l’ambassadeur de «ne pas avoir évoqué le sort du journaliste dans son entretien». Jordan Bardella a, lui aussi, dénoncé une «capitulation du macronisme», tandis qu’Éric Ciotti a évoqué une «humiliation» et une «trahison». Marine Le Pen a également réagi hier. «L’ouverture totale des vannes migratoires par un pouvoir macroniste en bout de course n’est pas une option pour la France», assure Marine Le Pen.
Un redémarrage difficile
«Je suis revenu en Algérie avec un mandat, avec une volonté, celle du président Emmanuel Macron, celle aussi qui m’a été confirmée dès mon arrivée par le président Abdelmadjid Tebboune, de, en quelque sorte, remettre cette relation sur les rails», expliquait l’ambassadeur, voulant «faire redémarrer» la coopération entre Paris et Alger dans les domaines de «la sécurité, la justice et les questions migratoires».
La France «veut retrouver le niveau d’avant la crise diplomatique avec l’Algérie» en rétablissant l’émission de 250.000 visas par an aux citoyens algériens, estimant que les difficultés rencontrées ces derniers mois étaient principalement liées au manque de personnel dans les services consulaires. L’ambassadeur a assuré que les effectifs sont progressivement reconstitués afin de fluidifier les demandes et de permettre aux Algériens de retrouver plus facilement des rendez-vous pour déposer leurs dossiers.
Romatet affirme que la volonté de Paris est d’éviter que les populations soient les victimes de la crise diplomatique. Si la droite dénonce un renoncement face à Alger, le Quai d’Orsay assure, quant à lui, qu’«aucun objectif chiffré n’a été fixé». Face à la polémique, le ministère des Affaires étrangères a tenu à clarifier sa position. Le Quai d’Orsay affirme qu’aucun objectif chiffré de hausse des visas n’a été fixé.
Il rappelle, par ailleurs, que le nombre de visas accordés aux ressortissants algériens a diminué de plus de 20% en 2025, en raison de la réduction du dispositif consulaire français. Le ministère assure également que la question des visas «ne fait pas partie des discussions actuellement menées avec Alger». Selon Paris, les échanges portent avant tout sur les questions de sécurité, de coopération judiciaire et d’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF).
Après deux mois passés à Alger depuis son retour à la tête de l’ambassade de France, Stéphane Romatet assure être revenu avec une mission claire confiée par le président Emmanuel Macron : «remettre la relation sur les rails» et tourner la page d’une crise diplomatique qu’il qualifie de «profonde» et «très longue». Depuis plusieurs mois, les visites officielles et les rencontres entre responsables français et algériens se multiplient.
H. Adryen
