Face aux critiques de la droite et de l’extrême droite après les propos de son ambassadeur à Alger, le président français a tenu à recadrer le débat en assurant qu’il n’existe aucun objectif chiffré, ni laxisme.
La question des visas pour les Algériens n’en finit pas de provoquer des remous. Le président Emmanuel Macron a tenu, hier, à mettre un terme aux déclarations jugées provocatrices de certains responsables de la droite française, qui ont saisi l’occasion pour alimenter un climat de tensions et d’hostilité envers l’Algérie.
Le président français s’est exprimé après les propos tenus par l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, concernant les visas accordés aux ressortissants algériens et les polémiques qui ont suivi. Cette fois, c’est Emmanuel Macron lui-même qui a tenu à clarifier la position française, en prenant ses distances avec les déclarations de son ambassadeur à Alger lors d’un Conseil des ministres.
«Le président de la République a tenu à corriger les propos de notre ambassadeur en Algérie (…) sur le nombre de visas. Il n’y a aucun objectif chiffré en matière de visas pour les Algériens et il n’y a aucun laxisme de la part de la France», a déclaré Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement.
«La France a engagé un travail exigeant sur des enjeux et des sujets majeurs avec l’Algérie. Mais pour autant, il n’y a aucun objectif chiffré en matière de visas et il n’y a aucun laxisme de la part de la France», a-t-elle ajouté, en citant le chef de l’État.
Elle a également rappelé que lorsque EmmanuelMacron a étéélu en 2017, le nombre de visas délivrés chaque année aux Algériens était d’environ 500 000. Le président français avait alors rapidement décidé de réduire ces chiffres afin qu’ils correspondent «aux besoins de la France d’une part, et aux réalités géopolitiques d’autre part».
«J’ai participé aux discussions avec l’Algérie. On n’a jamais évoqué ce sujet», a simplement déclaré le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, lors du compte rendu du Conseil des ministres.
Cette mise au point intervient après les propos tenus le 17 juillet par l’ambassadeur Stéphane Romatet, qui avait évoqué la volonté française de ramener progressivement le nombre de visas accordés aux Algériens à environ 250 000 par an, soit le niveau observé avant la crise diplomatique entre Paris et Alger.
La France officielle a ainsi pris davantage de distance avec les déclarations de son ambassadeur en Algérie. La polémique ayant pris de l’ampleur, le gouvernement français a tenu à réaffirmer qu’aucun objectif chiffré n’avait été fixé concernant les visas.
Le Quai d’Orsay a précisé que «la délivrance de visas aux ressortissants algériens ne fait pas partie des sujets discutés», tout en assurant qu’«aucun objectif chiffré n’a été fixé» sur cette question.
Maud Bregeon a également rappelé l’évolution de la politique française en matière de visas depuis l’arrivée d’Emmanuel Macronà la présidence. Interrogé par LCI le 18 juillet dernier sur une éventuelle accélération de la délivrance des visas aux citoyens algériens, Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe, avait déclaré : «La relation avec l’Algérie (…) doit être conditionnée à des résultats très concrets. Ce n’est qu’en fonction des résultats que nous avancerons dans une direction.»
Le ministre tentait ainsi d’apaiser rapidement la polémique liée aux déclarations de Stéphane Romatet.
En France, les propos de l’ambassadeur ont suscité de nombreuses réactions, notamment au sein de la droite et de l’extrême droite. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a parlé d’une «capitulation», tandis que Bruno Retailleau, président des Républicains et ancien ministre de l’Intérieur, a dénoncé une diplomatie
«d’aplaventrisme». Son alliéÉric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République, a évoqué, pour sa part,«une humiliation» et «une trahison».
L’ambassadeur de France en Algérie avait expliqué la baisse récente du nombre de visas délivrés par la diminution des effectifs consulaires et les difficultés d’accès aux rendez-vous. Paris et Alger discutent actuellement du rétablissement de leurs personnels diplomatiques et consulaires afin d’améliorer le traitement des demandes.
Les relations entre l’Algérie et la France traversent aujourd’hui une phase de réchauffement diplomatique après une brouille qui a duré près de deux ans.
H. Adryen
