Depuis quelque jours, le monde retient son souffle. Des joutes verbales aux actes concrets, la Russie et les USA sont venus maintenant directement aux menaces. Entre ces deux superpuissances, la guerre des mots n’est plus d’usage.
L’équilibre hérité de la Guerre froide vacille et fait craindre le pire. Une guerre nucléaire aux conséquences incalculables sur le reste de la planète est désormais dans le domaine du possible. Trump qui nous a habitués à des promesses sans lendemain est-il devenu subitement un va-t’en guerre ? Est-ce du bluff ou simplement des menaces qui ne tiennent pas la route ? Certains pays européens sont déjà en état d’alerte maximal. Les deux pays posent une puissance de feu jamais égalée par d’autres nations. En 2023, les Etats Unis ont déployé 1.700 ogives nucléaires sur un total de 3544 alors que la Russie quant à elle a déployé 1.674 ogives nucléaires sur un total de 4215. De quoi anéantir en un clin d’œil une grande partie de la terre.
Les deux puissances mondiales se préparent militairement à toute agression réciproque. Les USA ont déjà lancé récemment les hostilités en envoyant deux sous-marins nucléaires américains «plus proches de la Russie». Le président américain a ordonné vendredi l’envoi de deux sous-marins nucléaires dans des zones appropriées en réaction aux commentaires «provocateurs» de l’ancien président russe Dmitri Medvedev. Le président américain a ajouté que les sous-marins seraient positionnés au cas où ces déclarations idiotes et incendiaires seraient plus sérieuses que cela. « Les mots comptent et peuvent souvent avoir des conséquences imprévues, j’espère que cela ne sera pas le cas cette fois », a averti Donald Trump, sans toutefois préciser où les sous-marins seraient envoyés, ni s’il s’agissait de submersibles à propulsion nucléaire ou porteurs d’ogives atomiques. Les Américains ont 14 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et il y en a toujours au moins quatre en patrouille avec des missiles nucléaires capables de toucher l’essentiel du territoire russe. Ils servent donc déjà de dissuasion en permanence et Vladimir Poutine le sait très bien.
En se rapprochant de la Russie, les sous-marins américains seraient plus vulnérables ; un changement de positionnement ne permettrait donc pas nécessairement de gagner en efficacité. Donald Trump a par ailleurs déclaré dimanche que l’émissaire américain Steve Witkoff pourrait se rendre en Russie mercredi ou jeudi, répétant qu’il imposerait des sanctions si Moscou ne montrait d’ici vendredi aucun progrès vers une fin à la guerre en Ukraine, qui dure depuis bientôt trois ans et demi. «Ce sont des personnages rusés et ils sont plutôt doués pour éviter les sanctions, donc nous verrons ce qui se passe», a indiqué le locataire de la Maison blanche.
Hostilité et défiance
De son côté, la Russie qui a pris trop au sérieux ces menaces a décidé de rompre unilatéralement le moratoire sur les missiles à courte et moyenne portée. En réponse à ces déploiements américains à travers le monde, le président russe Vladimir Poutine, après avoir imposé durant près de cinq ans un moratoire unilatéral sur la production russe de missiles à courte et moyenne portée, avait estimé fin juin 2024 que la Russie devait reprendre la production de ces armements En 2019, les États-Unis avaient annoncé leur retrait du traité FNI signé en 1987 avec l’URSS, accusant la Russie d’avoir «mis au point, produit et testé en vol» plusieurs missiles «non conformes» depuis «le milieu des années 2000». Ce traité interdisait aux deux puissances de posséder des missiles à charge conventionnelle ou nucléaire, lancés depuis le sol, ayant une portée comprise entre 500 et 5.500 kilomètres.
Dans la foulée du retrait américain, le président russe Vladimir Poutine avait annoncé la suspension de la participation russe au FNI, puis décrété, et proposé, un moratoire sur le déploiement de ces armes tant que les États-Unis n’en déploient pas dans le monde. Dénonçant le déploiement par les États-Unis de missiles terrestres de portée intermédiaire dans plusieurs régions du monde, la diplomatie russe a annoncé le 4 août que la Russie ne se considérait plus liée par les restrictions qu’elle avait décrétées après que les États-Unis ont déchiré le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire». Les États-Unis portent «la pleine et entière responsabilité de ce qui se passe», a déclaré Riabkov Six ans après le retrait unilatéral de Donald Trump du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), la diplomatie russe a annoncé ce 4 août le retrait de Moscou.
Le moratoire unilatéral
«Étant donné que nos multiples avertissements à ce sujet furent ignorés et que la situation évolue vers un déploiement de facto de missiles à portée intermédiaire de fabrication américaine en Europe, ainsi que dans la région Asie-Pacifique, le ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie constate l’absence de conditions permettant le maintien du moratoire unilatéral sur le déploiement desdits armements, et déclare que la Fédération de Russie ne se considère désormais plus liée par les auto-restrictions précédemment observées en la matière», stipule un communiqué publié sur le site du ministère russe des Affaires étrangères. Celui-ci a notamment pointé du doigt le déploiement aux Philippines de missiles de moyenne portée Typhon, contre lesquels Moscou avait mis en garde dès avril 2024. Des missiles américains, déployés dans le cadre de Exercice Salaknib 24, ceux-ci sont «toujours sur l’archipel» a souligné le ministère russe, qui ajoute : «ce même système a été utilisé en juillet dernier en Australie pour des tirs réels lors des exercices multilatéraux Talisman Sabre 2025». Des exercices dans le cadre desquels avait également été déployé le missile hypersonique «Dark Eagle».
Également dénoncé, à nouveau, par la partie russe : l’envoi par les États-Unis, pour un «exercice», d’un lanceur conteneurisé Mk70 Mod 1 sur l’île danoise de Bornholm dans la mer Baltique. Un système d’armement pouvant tirer, depuis le sol, des missiles Tomahawks et SM-6s. Sommes-nous à l’aube d’une troisième guerre mondiale?
Mahmoud Tadjer
