Amar Belani qualifie Xavier Driencourt de «haineux» qui répond «une nouvelle fois aux sollicitations de son employeur marocain».
Xavier Driencourt n’en finit décidément pas avec l’Algérie. Très présent depuis plusieurs années dans les débats médiatiques français consacrés à l’ancienne colonie, l’ancien ambassadeur de France à Alger fait de l’Algérie une véritable obsession.
Sa dernière chronique, dans laquelle il revient sur un épisode parmi les plus controversés de la guerre de Libération et évoque le projet de partition du pays, a suscité une vive réponse de l’ancien ambassadeur algérien Amar Belani qui le qualifie d’emblée de «haineux» qui répond «une nouvelle fois aux sollicitations de son employeur marocain».
Dans un texte publié sur sa page facebook, ce dernier accuse Xavier Driencourt de «récidiver» et de ressasser une vision coloniale de l’histoire algérienne. Amar Belani s’attaque notamment à ce qu’il présente comme une nostalgie à peine voilée du projet défendu, à l’époque, par Alain Peyrefitte.
«Il regrette que de Gaulle n’ait pas suivi Peyrefitte sur son projet de partition de l’Algérie en deux enclaves françaises fortifiées à Alger et à Oran, une ligne de démarcation façon Berlin, et le reste du pays abandonné à ses habitants indigènes», écrit Amar Belani.
Incapable de tourner la page
Pour l’ancien diplomate algérien, cette évocation n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit, selon lui, dans un discours plus large révélant l’incapacité de Xavier Driencourt à tourner la page de la décolonisation et à accepter pleinement l’issue de la guerre d’indépendance.
«Il récidive en exhumant un épisode peu glorieux de la décolonisation de l’Algérie, dont il semble n’avoir toujours pas digéré l’issue», affirme-t-il, tout en établissant un lien entre les positions actuelles de l’ancien ambassadeur et ses engagements dans la sphère politique et médiatique française. Il rappelle ainsi que Xavier Driencourt «siège au comité stratégique du média d’extrême droite Frontières» depuis 2023 et qu’il conseille, depuis 2024, les dirigeants du Rassemblement national sur les questions internationales.
«Il est devenu une référence pour les franges les plus nauséabondes de la droite extrême et de l’extrême droite françaises», assène Amar Belani, qui voit dans cette évolution un élément permettant de mieux comprendre le ton et la nature des prises de position de l’ancien ambassadeur lorsqu’il est question de l’Algérie. La chronique incriminée se termine, selon Belani, par une formule particulièrement révélatrice : «De mauvaises langues disent qu’il y a des enclaves algériennes à Marseille».
Une phrase qui, sous couvert de rapporter les propos d’autres personnes, suggérerait une lecture communautariste et ethnicisante de la société française. «Glissée sous couvert de rapporter ce que disent d’autres, la phrase permet de suggérer, sans l’assumer, que des citoyens français d’origine algérienne seraient un corps étranger sur le sol français», estime Amar Belani. Pour lui, ce procédé donne «un supposé crédit au fantasme du grand remplacement».
Un pseudo-analyste géopolitique
Belani résume ainsi ce qu’il considère comme la logique profonde du discours de Xavier Driencourt : «Il commence par regretter la partition coloniale d’hier, et il glisse tout naturellement vers la stigmatisation ethnique d’aujourd’hui, le tout habillé des atours neutres d’une pseudo-analyse géopolitique.»
Cette nouvelle sortie s’inscrit, il est vrai, dans une longue série de déclarations polémiques de l’ancien ambassadeur. Depuis son départ d’Alger, Xavier Driencourt s’est régulièrement illustré par des prises de position particulièrement critiques envers l’Algérie, sa politique étrangère, ses dirigeants ou encore la communauté algérienne et franco-algérienne en France.
Ses interventions médiatiques sur la crise entre Alger et Paris, la mémoire de la colonisation, la question migratoire ou encore les rapports entre l’Algérie et la France ont souvent été perçues à Alger comme le reflet d’une hostilité persistante.
Son nom est également revenu à plusieurs reprises dans les controverses liées à ses analyses des relations algéro-françaises, dans lesquelles l’Algérie apparaît fréquemment comme le principal facteur d’explication des tensions, au point de donner l’impression que l’ancien diplomate continue de régler, depuis Paris, ses comptes avec le pays où il a pourtant exercé à deux reprises les fonctions d’ambassadeur.
Pour Amar Belani, il ne s’agit donc plus d’une simple divergence d’analyse ou d’un débat entre diplomates. «L’histoire est un éternel recommencement», écrit-il, avant de conclure avec une attaque particulièrement tranchée : «La sienne tourne misérablement en boucle sur l’Algérie avec de nouveaux commanditaires qui ont la haine de l’Algérie éternelle au cœur», allusion au Maroc.
S.M
