L’Algérie, malgré les accusations, réaffirme sa volonté de renforcer la coopération régionale, loin des polémiques.
À la tribune des Nations unies, la délégation malienne a livré un réquisitoire sévère contre l’Algérie, accusée d’«ingérences intempestives» et d’«acte d’agression inédit» à travers la destruction d’un drone malien. Mais derrière la rhétorique et les accusations, le discours de Bamako révèle surtout une volonté d’imputer à Alger des responsabilités qui relèvent avant tout des fragilités internes du Mali.
Dès l’entame de sa déclaration, le représentant malien a dénoncé ce qu’il qualifie d’«attaques personnelles, grossières et condescendantes» du ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf. Il a ensuite reproché à Alger de «ne pas dire un seul mot des affaires à l’origine des tensions inédites entre nos deux pays». Cette lecture partielle et orientée occulte pourtant le rôle historique et constant de l’Algérie en faveur de la paix et de la stabilité au Mali. Depuis l’Accord d’Alger de 2015, négocié et parrainé par Alger, le Mali doit beaucoup à la médiation algérienne, saluée par la communauté internationale.
Le cœur de la polémique porte sur la destruction d’un drone malien dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025. Le Mali accuse l’Algérie d’avoir mené «une action hostile préméditée» et qualifie l’incident d’«acte d’agression inédit dans l’histoire des relations entre le Mali et l’Algérie». Mais la réalité des faits mérite nuance. Le ministère de la Défense a, dans l’immédiat, communiqué sur une violation de l’espace aérien sur deux kilomètres, ce qui constitue, en droit international, une atteinte claire à la souveraineté nationale. Plutôt que de reconnaître cette incursion, Bamako préfère inverser les responsabilités.
Le Mali affirme que «les données précises de la trajectoire de l’appareil prouvent sans ambiguïté que l’appareil n’a jamais quitté l’espace aérien de la République du Mali». Or, aucun élément vérifiable n’a été fourni pour accréditer cette version. La seule «certitude absolue» avancée par Bamako provient de ses propres enquêtes, sans expertise indépendante, ce qui fragilise d’emblée la crédibilité de son argumentaire.
L’Algérie, pour sa part, rappelle qu’elle n’a cessé de défendre le principe sacré de souveraineté et d’intégrité territoriale des États africains. L’idée qu’Alger puisse «parrainer le terrorisme international au Mali et au Sahel», comme l’a avancé Bamako, apparaît non seulement infondée, mais insultante au regard des sacrifices consentis par l’Algérie dans la lutte antiterroriste. Pays qui a payé un lourd tribut durant la décennie noire, l’Algérie reste un partenaire central dans les mécanismes régionaux et multilatéraux de lutte contre l’extrémisme.
La tentative du Mali de saisir la Cour internationale de justice (CIJ) ajoute une dimension judiciaire à une crise qui aurait gagné à être traitée par la voie diplomatique. Bamako reproche à Alger son «refus d’accepter la compétence de la CIJ» et y voit «un aveu de culpabilité». Pourtant, l’Algérie n’a jamais caché son attachement à la résolution politique des différends régionaux, privilégiant la médiation et le dialogue, plutôt que l’instrumentalisation judiciaire d’un incident encore sujet à controverses.
La mémoire historique instrumentalisée
Ce discours malien, saturé d’accusations, fait abstraction de l’aide passée d’Alger. Le représentant de Bamako est même allé jusqu’à regretter que cette crise se produise malgré «le soutien total du Mali au Front de Libération Nationale (FLN) et sa participation à la guerre d’indépendance du peuple algérien». Mais faut-il rappeler que la solidarité historique ne saurait justifier une tolérance aveugle face à des comportements attentatoires aux règles de souveraineté ?
En vérité, le recours à des invectives comme «stratégie de fuite en avant» ou «aveu de culpabilité» traduit moins une réalité diplomatique qu’une rhétorique destinée à détourner l’attention des difficultés internes du Mali. Ce pays, confronté à une instabilité politique chronique et à une lutte permanente contre les groupes armés, cherche dans la mise en cause de son voisin un exutoire commode.
L’Algérie, malgré les accusations, réaffirme sa volonté de renforcer la coopération régionale, loin des polémiques. Elle demeure convaincue que la stabilité du Sahel ne peut se construire qu’à travers le dialogue, la solidarité et le respect mutuel de la souveraineté des États.
En s’enfermant dans un discours accusatoire, le Mali prend le risque d’isoler davantage sa diplomatie et d’amoindrir sa crédibilité sur la scène internationale. L’Algérie, de son côté, continue de défendre une approche basée sur la concertation, consciente que les défis sécuritaires dépassent les logiques de confrontation bilatérale. L’histoire récente montre d’ailleurs que sans Alger, aucune solution durable au conflit malien ne peut être envisagée.
Assia M.
