Entre l’Algérie et la France, le dialogue, rompu depuis plus d’une année, est aujourd’hui à peine relancé. Mi-février dernier, le ministre de l’Intérieur français, Laurent Nuñez, a fait le déplacement à Alger pour briser d’abord la glace et tenter de renouer ensuite le dialogue.
Les échanges ont notamment porté sur la reprise de la coopération sécuritaire, en particulier au Sahel, ainsi que sur la gestion des obligations de quitter le territoire français (OQTF), deux dossiers qui avaient fortement pesé sur la relation ces derniers mois. La question des visas a également été abordée, avec des engagements réciproques concernant la mobilité et la levée de certaines restrictions, contribuant ainsi à détendre l’atmosphère.
C’est chose faite : l’Algérie a répondu de manière diplomatique, laissant le temps au temps pour régler les différends. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères a adopté un ton plus ample, évoquant un passage en revue de l’état des relations et des perspectives d’avenir. Alger a surtout mis l’accent sur les dossiers régionaux où son rôle est central : la situation au Sahel, le processus de règlement du Sahara occidental et, surtout, l’évolution au Moyen-Orient et ses répercussions internationales. Deux communiqués, deux angles de lecture différents.
Dans les médias français, l’événement a été traité sous l’angle du dégel pragmatique. L’AFP, reprise par de nombreux quotidiens, a titré sur la fin de presque deux ans de crise diplomatique. L’historien Benjamin Stora, interrogé par France 24, avait déjà souligné en décembre dernier que la reprise du dialogue était inévitable, ne serait-ce que pour les trois millions de personnes de la communauté algérienne en France et les nombreux intérêts économiques français en Algérie.
Une phase plus réaliste
Dans l’ensemble, la relation semble ainsi quitter la zone de tension marquée par l’année 2025 pour entrer dans une phase plus réaliste. Ces premiers signes de détente préparent le terrain pour les prochaines échéances diplomatiques. Pour Alger comme pour Paris, l’enjeu consiste désormais à transformer ce frémissement en avancées concrètes, notamment sur les dossiers migratoires, économiques et mémoriels, longtemps au cœur des crispations bilatérales. Si le dégel est réel, des contentieux importants subsistent. Mais Alger reste ferme sur le traitement au cas par cas de tous les dossiers sensibles.
Un passif colonial à réparer
Les relations algéro-françaises sont marquées par des tensions récurrentes, principalement centrées sur le passif colonial (mémoire, excuses), la gestion des flux migratoires (visas, OQTF). L’Algérie demande la reconnaissance et la repentance pour les crimes coloniaux, y compris la question des essais nucléaires dans le Sahara et la restitution des archives. Le dialogue mémoriel est loin d’être achevé, d’autant qu’il se heurte à d’autres difficultés liées à des dossiers épineux.
Alger juge les gestes de Macron insuffisants, car les Algériens revendiquent également la restitution d’archives et le traitement des déchets nucléaires causés par les essais réalisés par la France dans le désert du Sahara algérien entre 1960 et 1966.
En outre, Alger demande la restitution de plusieurs objets historiques conservés dans diverses institutions françaises, dont les effets personnels de la figure emblématique, l’émir Abdelkader : un canon de sept mètres de long, le spectre de l’émir, son sabre, sa tente de commandement, sa bague, son burnous et un coran.
À l’inverse, la France souhaite expulser davantage de ressortissants algériens en situation irrégulière (OQTF). L’accord de 1968, qui régit les conditions de circulation, de séjour et d’emploi des Algériens en France, est régulièrement remis en question par la classe politique française en raison du contentieux migratoire.
Enjeux économiques
Sur le plan économique, Alger pourrait appliquer des mesures plus restrictives aux investissements français et limiter, voire interdire, l’importation de produits français. Cela risquerait de pénaliser plusieurs milliers d’entreprises françaises présentes en Algérie ou qui exportent vers le pays. Alger n’aura cependant pas de difficulté à trouver des alternatives à l’approvisionnement en produits français.
H. Adryen
