Alors que la droite française durcit son discours sur l’immigration et les relations avec Alger, l’Institut Montaigne défend une stratégie plus pragmatique.
Et si la France choisissait d’entretenir une relation «normale» avec l’Algérie, dépassionnée et débarrassée des vieilles querelles ? C’est l’option défendue par l’Institut Montaigne, dans la perspective de l’élection présidentielle française de 2027.
Ce think tank, proche des milieux patronaux et de la droite française, a publié, le 10 septembre, une note intitulée
«France-Algérie : sortir de l’émotion». À l’approche d’une élection présidentielle qui pourrait voir plusieurs candidats de droite — Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Xavier Bertrand et David Lisnard — défendre une ligne dure à l’égard d’Alger, l’étude fait le point sur l’état de la relation bilatérale et propose des pistes pour la normaliser.
Portée par Michel Duclos, conseiller spécial géopolitique et diplomatique de l’Institut Montaigne, la note explore trois options pour la politique française à l’égard de l’Algérie et préconise une «approche pragmatique» de la relation. Elle vise ainsi à éclairer les choix qui pourraient se présenter aux futurs pouvoirs publics français.
«C’est un sujet difficile sur lequel il est nécessaire de sortir des sentiers battus. Nous avons essayé, en rompant avec une approche trop souvent émotionnelle, d’imaginer ce que pourrait être une attitude de la France pragmatique et qui n’insulte pas l’avenir», résume Michel Duclos.
Ces priorités s’articulent autour de trois grands enjeux.
Les enjeux migratoires
L’Algérie est le premier pays d’immigration légale vers la France. La relation migratoire est notamment régie par l’accord franco-algérien de 1968, qui établit un régime spécifique pour la circulation, l’emploi et le séjour des ressortissants algériens et de leurs familles.
La relation bilatérale porte également sur l’immigration irrégulière, l’administration de la population algérienne en France et le retour des ressortissants algériens dont la France demande l’éloignement.
Les échanges économiques
Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 9 milliards d’euros en 2025, un niveau inférieur à celui enregistré les années précédentes. Ils sont principalement centrés sur les énergies fossiles, qui représentent plus de la moitié des échanges et près de 90% des importations françaises depuis l’Algérie.
Si la France dispose d’un portefeuille d’investissements relativement diversifié en Algérie, elle fait, par ailleurs, face à une concurrence accrue d’acteurs comme l’Italie, la Chine et la Turquie.
La question mémorielle
Sur le plan mémoriel, les efforts français de ces dernières années n’ont pas permis d’apaiser durablement la relation entre les deux pays.
Trois scénarios identifiés
Partant de cette analyse, la note identifie trois scénarios correspondant à autant de politiques possibles pour le prochain président français. Elle présente, pour chacun d’eux, les principaux leviers d’action ainsi que les risques et les opportunités associés, notamment au regard des réactions possibles des autorités algériennes et de l’opinion publique française.
Dans ce scénario, la France poursuit sa politique actuelle dans l’espoir d’une amélioration durable des relations. Si cette option présente l’avantage d’être prévisible, elle risque néanmoins de reproduire les dynamiques observées ces dernières années, sans traiter les problèmes de fond.
Dans ce scénario, la France procède à une dénonciation unilatérale de l’accord de 1968, au risque de déclencher une crise diplomatique susceptible d’entraîner une escalade entre les deux pays.
«La désensibilisation»
Cette option vise à «désensibiliser la relation franco-algérienne du côté français», en privilégiant une
«gestion technique plus sobre» de la relation.
Elle permettrait de limiter les risques tout en restant compatible avec les deux approches précédentes. La recommandation suggère toutefois une
«désensibilisation flexible».
Celle-ci s’articulerait autour du troisième scénario tout en intégrant certains éléments du scénario de la rupture, notamment une éventuelle sortie de l’accord de 1968, tout en maintenant une ouverture aux convergences et aux opportunités de coopération, notamment dans les domaines économique et géopolitique.
Alors que la relation franco-algérienne alterne entre tentatives de réconciliation et périodes de froid diplomatique, cette approche vise à «adopter une attitude plus pragmatique du côté français», sans prétendre dicter aux autorités algériennes une «ligne de conduite », ni nier le caractère singulier de cette relation.
H. Adryen
