Après près de deux années de tensions et de crispations diplomatiques, Alger et Paris tentent de renouer les fils d’un dialogue politique resté longtemps suspendu.
Le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a reçu, hier, un appel téléphonique de son homologue français, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a indiqué,hier,un communiqué du ministère des Affaires étrangères.
À cette occasion, les deux ministres ont examiné «l’état des relations bilatérales entre les deux pays, ainsi que les perspectives qui s’offrent à elles».
Ils ont également procédé à un échange de vues sur «la situation dans l’espace sahélo-saharien, ainsi que sur les développements relatifs au processus de règlement de la question du Sahara occidental», note la même source.
Ils ont, en outre, abordé «les graves développements que connaît la région du Moyen-Orient et leurs répercussions aux plans régional et international».
Dans ce contexte, «une attention particulière a été accordée à la situation prévalant au Liban, qui constitue une source de préoccupation partagée pour les deux pays», ajoute le communiqué.
L’entretien a également été l’occasion d’évoquer «les enjeux de la relance de la coopération bilatérale» et de convenir de poursuivre le dialogue politique dans un contexte international particulièrement tendu, marqué par l’accumulation des crises régionales, notamment au Moyen-Orient et dans l’espace sahélo-saharien, selon le Quai- d’Orsay.
Une relation fragilisée
Cet entretien marque le premier contact politique notable entre les deux chefs de diplomatie depuis plusieurs mois. Leur dernier échange formel remontait à novembre 2025, en marge d’une réunion du G20 à Johannesburg.
Depuis, les relations entre Alger et Paris sont restées marquées par un climat de méfiance, conséquence d’une série d’incidents diplomatiques qui avaient culminé au printemps 2025 avec le rappel pour consultations de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, après l’expulsion d’agents consulaires français par les autorités algériennes.
Le volet sécuritaire en éclaireur
La reprise du dialogue politique s’inscrit, toutefois, dans une séquence plus large amorcée ces dernières semaines. La première étape de ce rapprochement a été sécuritaire.
À la mi-février, la visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait permis d’ouvrir une brèche dans un climat devenu particulièrement tendu depuis l’été 2024. Reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le ministre français avait annoncé que les deux pays étaient parvenus à «réenclencher un dispositif de coopération sécuritaire de très haut niveau».
Les discussions avaient alors porté sur la coordination en matière de lutte contre le terrorisme, les échanges de renseignements et les dossiers régionaux, notamment la situation au Sahel.
Dans ce contexte, l’échange téléphonique entre Ahmed Attaf et Jean-Noël Barrot apparaît comme la traduction politique d’un dégel amorcé sur le terrain sécuritaire.
Migration et coopération économique au menu
Le chef de la diplomatie française a exprimé le souhait que cette relance du dialogue produise «des résultats tangibles dans l’intérêt des deux pays», tout en évoquant plusieurs dossiers sensibles, notamment la question migratoire et la coopération consulaire.
Au-delà de ces questions immédiates, les deux ministres ont également abordé les perspectives de relance de la coopération économique entre les deux pays.
Les discussions ont notamment porté sur la nécessité de résoudre certaines difficultés rencontrées par des entreprises à travers les mécanismes du comité mixte franco-algérien, en particulier dans le secteur agro-alimentaire, tout en encourageant la mise en œuvre de projets industriels jugés structurants pour les deux économies.
Le sensible dossier mémoriel
La dimension mémorielle, l’un des dossiers les plus sensibles de la relation franco-algérienne, n’a pas été oubliée.
Dans le prolongement de la déclaration d’Alger de 2022, les deux diplomaties ont évoqué la reprise des travaux de la commission mixte d’historiens chargée de poursuivre le travail de clarification sur la période coloniale et les archives encore en suspens.
Un chantier délicat, mais incontournable, dans une relation bilatérale où l’histoire continue de peser lourdement sur le présent.
Des gestes symboliques
Parallèlement à ces contacts diplomatiques, plusieurs gestes symboliques sont venus accompagner ce frémissement politique.
À Paris, la cinquième édition de «l’Iftar des ambassadeurs», organisée à la GMP, a vu la participation du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, aux côtés de nombreuses personnalités politiques et diplomatiques.
Dans son intervention, le locataire de la place Beauvau a insisté sur sa volonté de privilégier le dialogue avec les représentants religieux tout en affirmant maintenir une ligne de fermeté face aux dérives radicales.
«Je suis un ministre des Cultes qui dialogue avec toutes les religions, sans exception», a-t-il déclaré devant les diplomates et les dignitaires religieux réunis pour l’occasion.
Une normalisation encore incertaine
Dans les milieux diplomatiques, on évoque également l’éventuel retour de l’ambassadeur français Stéphane Romatet, dont l’absence depuis près d’un an symbolise à elle seule la profondeur de la crise.
Pour autant, personne ne se fait d’illusions sur la rapidité d’une normalisation complète. Entre Alger et Paris, la relation reste aussi stratégique que fragile.
Les intérêts communs existent, qu’ils soient sécuritaires, économiques ou humains, mais les différends, eux aussi, demeurent profonds.
La reprise du dialogue engagée ces dernières semaines ressemble donc moins à un réchauffement spectaculaire qu’à un patient travail de réparation diplomatique. Un retour à la parole, prudent et calculé, dans une relation où chaque geste, chaque mot et chaque silence continuent de peser lourd.
Par H. Adryen
