En développant une agriculture adaptée, résiliente et technologique, l’Algérie affirme sa volonté de maîtriser son destin alimentaire.
Présentant au 2e Sommet de suivi des systèmes alimentaires des Nations unies (UNFSS+4) d’Addis-Abeba, le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, a indiqué que l’Algérie s’efforce de transformer le Grand Sud en un pôle agricole stratégique. Le ministre a mis en avant l’engagement constant de l’Algérie dans la quête de solutions novatrices face aux défis climatiques et environnementaux, soulignant «la détermination du gouvernement à façonner un modèle agricole unique et viable, spécifiquement adapté aux réalités des zones désertiques du Sahara». Une démarche reposant sur «une synergie harmonieuse entre valorisation des ressources locales et intégration des technologies de pointe, érigeant le Sud algérien, souvent hostile à la culture traditionnelle, au rang de véritable laboratoire de progrès», a-t-il expliqué. Dans son exposé, le ministre a relevé que l’agriculture saharienne en Algérie «n’ambitionne pas seulement d’augmenter les rendements ou de diversifier l’économie, mais puise sa raison d’être dans une approche globale». Une démarche visant à «garantir l’équilibre fragile des écosystèmes, à lutter contre la désertification, tout en impulsant des modes de vie durables et résilients dans des territoires historiquement exposés à la vulnérabilité».
Le bastion de la sécurité alimentaire
Longtemps perçue comme une étendue stérile, le Sahara algérien s’est mué en levier de développement grâce à une volonté politique affirmée et à une stratégie fondée sur l’utilisation des ressources locales et des technologies modernes. Lors de sa visite à la Foire Internationale d’Alger, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a déclaré que sur le million et demi d’hectares irrigués prévus dans le Sahara algérien, seuls 150 000 hectares l’étaient actuellement. Aussi a-t-il demandé la mobilisation accrue des moyens matériels nécessaires à la réussite de ce programme. Un pari que l’Algérie compte relever. D’autant qu’un plan triennal avait été élaboré en vue d’atteindre 3 millions d’hectares de surfaces irriguées d’ici 2028. L’extension des surfaces irriguées, notamment au Sud du pays, est désormais un impératif en vue d’atteindre les objectifs fixés dans le secteur agricole. Dans cette optique, un travail est en cours pour augmenter les capacités de production, à travers l’extension de ces surfaces ayant atteint 1,1 million d’hectares (250.000 hectares par an).
Un pari étatique
Dans l’objectif de faire du Grand Sud un pôle agricole stratégique, l’Etat n’a pas lésiné sur les moyens. Du soutien accru aux investisseurs aux facilitations administratives en passant par un encouragement appuyé à la recherche scientifique ciblant spécifiquement la compréhension des sols, de l’eau et du climat du Sahara. Ce dynamisme a donné naissance à de nouvelles zones de production dans des wilayas comme Adrar, El Oued ou Biskra, qui exportent désormais leurs produits dans tout le pays, voire à l’étranger. Dans des régions comme Touggourt, Saïda, les cultures céréalières défient les lois de la géographie.
Un laboratoire de durabilité
Si les vastes étendues ont permis des projets agricoles de grande envergure, le modèle traditionnel saharien conserve toute son importance comme référence locale pour inspirer une agriculture durable. Le maintien et l’extension du modèle saharien nécessitent l’intégration réussie de la technologie moderne, notamment dans la gestion de l’eau. Dans un environnement où cette ressource est rare et précieuse, l’enjeu est de taille.
La combinaison des systèmes traditionnels (foggara, séguias) avec des techniques modernes comme le goutte-à-goutte et l’irrigation pivot alimentée à l’énergie solaire a permis d’optimiser l’usage de l’eau tout en réduisant les pertes. Une stratégie adaptable à l’agriculture intensive même si les spécialistes considèrent que l’investissement dans les technologies d’irrigation est une priorité nationale liée directement à la sécurité alimentaire. Aussi, le recours aux énergies renouvelables pour alimenter les systèmes d’irrigation contribuera à réduire les coûts et l’impact environnemental.
Rendements record au cœur de la chaleur
À Touggourt, dans une zone frappée par des températures extrêmes, l’agriculture a pris une tournure inattendue. Grâce aux techniques d’irrigation modernes, notamment le goutte-à-goutte maîtrisé, les cultures telles que l’orge et de blé atteignent des rendements dépassant les 60 quintaux par hectare. C’est ce qu’a révélé Mohamed Amine Bouhouhou, directeur de l’agriculture de la wilaya, à la chaîne publique. Un chiffre intéressant, bien supérieur aux prévisions de départ (45 à 55 q/ha). Sur une surface de 4 000 hectares, ces résultats confirment que la performance agricole ne dépend plus uniquement de la fertilité naturelle du sol, mais de l’ingéniosité humaine. D’autres régions abritant des projets de production des cultures stratégiques, notamment à Oued Souf, Illizi, Timimoun, El Menia, ont enregistré des rendements similaires.
Un pôle régional de sécurité alimentaire
L’agriculteur saharienne ayant prouvé sa capacité à mener le changement, cette dynamique ouvre la voie à une stratégie plus ambitieuse : positionner l’Algérie comme un acteur régional de la sécurité alimentaire.
Avec un secteur agricole représentant 18% du PIB (plus de 35 milliards de dollars), ce rôle est réalisable si l’on exploite mieux les ressources sahariennes pour les orienter vers l’export, en réponse à la forte demande en Afrique. Pour ce faire, il y a lieu de surmonter certains défis, notamment l’insuffisance des infrastructures de transport, difficultés de financement des PME agricoles, et pénurie de main-d’œuvre qualifiée.
C’est ainsi que l’agriculture saharienne deviendra un projet géo-économique à même de consolider la position de l’Algérie en Afrique et dans le monde arabe, comme une force régionale responsable et proactive.
Badis B.
