Les derniers rebondissements judiciaires dans l’affaire du narcotrafiquant originaire de Sour El Ghozlane (wilaya de Bouira) continuent de retenir l’attention. Après plusieurs recours épuisés, la Cour suprême, siégeant en chambre criminelle, a rejeté le pourvoi en cassation introduit par les avocats de la défense. Les magistrats ont considéré que les vices de forme soulevés n’étaient pas fondés et ne pouvaient remettre en cause le jugement initial. Non satisfaits, les avocats de l’accusé s’apprêtent désormais à introduire une procédure de rétractation en vue d’une révision du procès. Le principal mis en cause, répondant aux initiales R.T., est un repris de justice déjà connu des services de sécurité pour trafic de stupéfiants.
Il avait été condamné à 15 ans de réclusion criminelle par le tribunal criminel d’Alger, à l’issue d’un procès qui avait mis en lumière l’ampleur du réseau auquel il était reproché d’appartenir. Son arrestation remonte à une descente routinière de la police judiciaire dans la wilaya de Blida. R.T., alors en état de fuite, faisait l’objet d’un mandat d’arrêt lancé par le juge d’instruction du pôle judiciaire du tribunal d’Alger. Interpellé, il avait immédiatement nié les accusations, rejetant notamment l’idée qu’il ait été le principal «fournisseur» de cannabis dans la région de Sour El Ghozlane. Face à la présidente du tribunal, l’accusé a contesté avoir été trouvé en possession des 12 kg de kif traité saisis lors de l’opération, affirmant que la marchandise appartenait en réalité à un certain B.A., personnage au centre de ce dossier. R.T. a soutenu que ce dernier aurait exercé des pressions constantes sur lui, allant jusqu’à l’obliger à quitter sa ville natale pour s’installer un temps à Aïn Oussara. « Je fais l’objet d’un coup monté de toutes pièces par B.A., avec qui j’ai eu un litige sur les revenus d’un trafic de drogue», a-t-il martelé. Selon lui, B.A. utilisait son influence et ses relations au sein du commissariat de Sour El Ghozlane pour intimider la population et obtenir une impunité de fait. L’accusé a même affirmé que ce dernier lui avait proposé de se rendre au Maroc pour visiter des plantations de cannabis et avait pris l’initiative de lui falsifier un passeport.
Infiltration d’un réseau ou complice ?
Lorsque B.A., a été appelé à la barre en qualité de témoin – alors qu’il était lui-même inculpé dans la même affaire –, il a présenté une tout autre version. Il a déclaré avoir agi en collaboration avec la police judiciaire de Sour El Ghozlane, sur autorisation expresse du chef de la Sûreté de Médéa et du procureur de la République local, pour infiltrer et démanteler le réseau de trafic piloté, selon lui, par R.T. «Je me retrouve aujourd’hui poursuivi comme si j’étais un trafiquant, alors que je n’ai fait qu’apporter mon aide aux autorités », s’est-il indigné, exprimant sa déception d’avoir été «trahi» par ceux qui étaient censés le protéger. Le ministère public, de son côté, est resté ferme. Le procureur général a requis la réclusion criminelle à perpétuité contre R.T., estimant que toutes les preuves légales et matérielles démontraient son rôle dans le trafic. Revenant sur son casier judiciaire, il a rappelé que l’accusé purgeait déjà une peine de 12 ans de prison prononcée par le tribunal criminel de Bouira pour une autre affaire, liée cette fois à la détention et la vente de 50 kg de kif traité. «C’est un récidiviste notoire dans le domaine du trafic de stupéfiants», a martelé le représentant du ministère public. La défense, quant à elle, a adopté une ligne offensive.
L’avocat de R.T. a accusé le chef de la sûreté urbaine de Sour El Ghozlane ainsi que le procureur de la République de la même ville d’avoir failli à leur mission de protection en se rangeant du côté de B.A. «Mon client est innocent. Il paie aujourd’hui le prix d’un règlement de comptes orchestré par un individu redouté dans la localité», a-t-il pesté. À l’issue des débats, le tribunal a néanmoins retenu la culpabilité de R.T. mais en lui accordant de larges circonstances atténuantes, conformément aux articles 53 bis du code pénal et 592 du code de procédure pénale. Malgré cette décision, l’affaire est loin d’être close. Les avocats de la défense misent désormais sur une procédure de rétractation afin d’obtenir une révision du procès. Une nouvelle bataille judiciaire s’annonce donc dans ce dossier complexe, où se mêlent trafic de stupéfiants, rivalités locales et accusations croisées entre anciens complices.
R.H.
