La Cour suprême a récemment tranché dans l’affaire dite des 15 770 comprimés psychotropes, confirmant les condamnations prononcées en appel. Les magistrats de la chambre délictuelle et correctionnelle ont rejeté les pourvois introduits par les inculpés et donné suite à celui formulé par le procureur général, estimant que les acquittements dont avaient bénéficié certains prévenus en première instance n’étaient pas fondés. Cette affaire remonte à l’année 2017, lorsque les enquêteurs de la division centre de la sûreté d’Alger avaient interpellé le principal accusé. Celui-ci avait abandonné précipitamment son véhicule à proximité du square Port Saïd, dans lequel les policiers ont découvert plus de 100 comprimés de Rivotril.
Mis en garde à vue, l’homme est passé aux aveux et a révélé l’existence d’un réseau structuré opérant notamment dans l’Ouest du pays. Les enquêteurs l’ont alors convaincu de collaborer afin de tendre un piège aux autres membres de l’organisation criminelle. Ces derniers ont été arrêtés peu de temps après, en possession de plusieurs cartons de psychotropes, soit au total près de 400 boîtes de Rivotril importées de France, équivalant à 15 770 comprimés. Durant l’instruction, les prévenus ont reconnu avoir empoché des sommes colossales allant de 56 à 58 millions de centimes par opération, et avoir écoulé les comprimés à un prix de 6 000 à 7 000 DA l’unité. Les régions de Mostaganem, Relizane, Boufarik et Alger figuraient parmi les principaux points de distribution de cette drogue, devenue très prisée sur le marché parallèle.
Des contradictions à la barre
Au cours des audiences devant le tribunal criminel d’Alger, les huit inculpés ont eu du mal à justifier leurs actes face aux questions du représentant du parquet. L’un d’eux, identifié par les initiales Z.R., a reconnu avoir menti lors de son premier procès : «Toutes mes dépositions étaient fausses, j’ai voulu protéger certaines personnes. Oui, je commercialisais illégalement des psychotropes», a-t-il admis. Les accusés ont tenté d’expliquer leurs actes en évoquant leur situation familiale précaire, affirmant avoir cédé à la tentation pour améliorer leurs conditions de vie. Pour le procureur général, ces arguments n’étaient pas recevables. Dans son réquisitoire, il a estimé que les prévenus faisaient bel et bien partie d’une bande organisée spécialisée dans la commercialisation de stupéfiants, active dans plusieurs régions du pays.
«Grâce à une enquête minutieuse, les policiers ont mis hors d’état de nuire un réseau qui tentait de faire écouler près de 16 000 comprimés de Rivotril sur le marché noir», a-t-il déclaré. Le parquet a rappelé que l’État algérien avait cessé de produire ce médicament en 2007, précisément pour éviter son détournement à des fins illégales. Le magistrat a ainsi requis 20 ans de prison ferme contre chacun des inculpés, assortis de lourdes amendes. Les avocats de la défense, eux, ont concentré leurs plaidoiries sur les insuffisances relevées lors de l’instruction. Ils ont estimé que le juge d’instruction de l’époque s’était contenté de distribuer des inculpations sans déterminer précisément la responsabilité de chaque prévenu. Ils ont également plaidé l’absence de lien entre certains accusés, contestant la qualification de bande organisée, et réclamé l’application de circonstances atténuantes pour réduire les peines.
Après délibération, le tribunal criminel avait prononcé des peines allant de huit à quinze ans de prison ferme, assorties de deux millions de dinars d’amende pour chacun des inculpés, sauf un qui avait bénéficié d’un acquittement pour insuffisance de preuves.
R.H.
