Les juges de la chambre criminelle de la Cour suprême ont accepté le pourvoi en cassation du procureur général de la Cour d’Alger qui représentait le ministère public dans l’affaire de l’assassinat d’un charlatan camerounais dans la localité de Bordj El Kiffan.
Par Redouane Hannachi
Cette décision ferme confirme ainsi la lourde peine prononcée par les juridictions précédentes contre C. A., l’homme reconnu coupable de l’assassinat brutal d’une jeune infirmière dans la commune de Baraki. Dès l’entame de leur délibération, les magistrats ont souligné que le tribunal criminel d’Alger, de la deuxième instance judiciaire, avait scrupuleusement appliqué les textes de loi. Les procédures menées, tant durant l’instruction qu’au procès, ont été jugées conformes aux exigences légales. Aucun vice de forme ni manquement n’a pu être retenu, ce qui a conforté la juridiction suprême dans sa décision de rejeter le recours.
Un procès qui a marqué les esprits
L’affaire, dès son ouverture, avait suscité une vive émotion. Le tribunal criminel d’Alger avait tout tenté pour percer le mystère du mobile réel qui avait poussé l’accusé à commettre un acte d’une telle barbarie. Mais malgré les efforts conjugués des magistrats, du jury, du procureur général et même des nombreux citoyens présents dans la salle d’audience, l’accusé est resté évasif. Ses réponses laconiques, parfois glaçantes, n’ont jamais permis de comprendre ce qui l’avait conduit à tuer froidement une jeune femme sans défense. La victime, G. Zoubida, infirmière de profession, s’apprêtait à rejoindre son lieu de travail le 11 août 2022 lorsqu’elle fut attaquée en pleine rue, au cœur de la cité des 500 logements de Baraki. Son agresseur l’a surprise par derrière, avant de lui trancher la gorge d’un coup de couteau, la laissant agoniser et gisant dans une mare de sang. Après son forfait, C.A s’était emparé du sac de la victime et était rentré chez lui comme si de rien n’était, ignorant le corps sans vie de la jeune femme.
Une enquête minutieuse
Alertés par les riverains, les éléments de la police judiciaire de Baraki, épaulés par leurs collègues de la police scientifique, se sont rapidement rendus sur place. Ils ont découvert la scène macabre et entamé une enquête minutieuse. Les techniciens de la police scientifique ont relevé tous les indices utiles, tandis que leurs collègues arrêtaient l’accusé à son domicile familial. Face aux enquêteurs, C.A a tenté de se présenter comme un individu atteint de troubles mentaux, cherchant à se soustraire à ses responsabilités. Mais les experts psychiatres, consultés à plusieurs reprises, n’ont pas retenu cette thèse, estimant que l’homme jouissait de toutes ses facultés mentales au moment des faits.
Le procès et la condamnation
Lors de son premier procès devant le tribunal criminel de Dar El Beida, l’accusé avait déjà été condamné à mort. L’audience avait révélé un individu froid, dépourvu de tout remords. Devant la présidente de la cour, il répondait calmement aux questions, sans manifester la moindre émotion, ni culpabilité. Le procureur général, dans un réquisitoire ferme, avait requis la peine capitale. Il avait rappelé que toutes les preuves réunies accablaient le prévenu : homicide volontaire avec préméditation, guet-apens et vol. Le magistrat avait martelé que l’intention criminelle ne faisait aucun doute, puisque l’accusé s’était muni d’un couteau et avait délibérément visé une partie vitale. «Ce bourreau a commis l’irréparable en s’attaquant à une femme sans défense. Il ne mérite ni clémence ni indulgence», avait-il lancé. La défense, quant à elle, avait plaidé en faveur d’un placement de son client dans un établissement psychiatrique, arguant qu’il constituait un danger permanent pour la société. L’avocat avait même suggéré que son client soit isolé en cellule individuelle en cas de détention à vie. Mais les jurés n’avaient pas retenu cet argument. Après délibérations, ils avaient unanimement confirmé la peine de mort, écartant toute circonstance atténuante prévue par le Code pénal.
La douleur des proches
L’affaire a aussi révélé la profonde détresse des parents de la victime. Ceux-ci, dévastés par la perte brutale de leur fille, ne s’étaient pas constitués partie civile et n’ont pas été dédommagés, incapables d’engager des démarches judiciaires dans un tel état de choc. Ils avaient néanmoins exprimé leur confiance en la justice, estimant que seule une peine exemplaire pouvait rendre hommage à la mémoire de leur enfant, qui les soutenait et veillait sur eux. L’avocat commis d’office avait, pour sa part, longuement échangé avec eux afin d’expliquer les possibilités de recours en matière civile, notamment pour obtenir une réparation morale. Mais la douleur et l’abattement les avaient empêchés d’entamer une telle procédure.
Ce drame restera longtemps gravé dans la mémoire collective, non seulement pour l’atrocité de l’acte, mais aussi pour le mystère qui entoure toujours les raisons d’un crime aussi cruel. Jusqu’au bout, l’accusé a refusé de livrer le moindre élément d’explication, laissant planer un silence insupportable sur l’un des assassinats les plus odieux qu’ait connus la capitale ces dernières années.
R.H.
