Alors que le dégel des relations algéro-françaises a été entamé ces dernières semaines, les déclarations récentes d’un procureur français, accusant l’Algérie de « terrorisme d’Etat» ont suscité la réaction d’Alger qui voit en ces perpétuelles et graves attaques de «vaines tentatives» d’agression.
En effet, suite à l’interview accordée par le procureur national antiterroriste de la France, Olivier Christen, à Franceinfo, une source autorisée du ministère des Affaires étrangères a déclaré à l’APS que «le procureur national antiterroriste de la France a, de manière désinvolte, inconsidérée et irresponsable, fait mention de l’Algérie au titre de procédures ouvertes pour terrorisme d’Etat».
«Une telle accusation injustifiée ne peut naturellement susciter qu’indignation et mépris», note la même source. «Ce propos est condamnable pour ce qui l’est: une vaine agression contre un pays, l’Algérie, qu’un contexte français délétère érige en bouc émissaire et en dérivatif à tous les défis qui assaillent la France et qui peine à les relever», ajoute la même source.
A la tête du parquet national antiterroriste (Pnat) depuis avril 2024, Olivier Christen qui répondait vendredi dernier aux questions de franceinfo, alors que quatre personnes en tout, soupçonnées d’être impliquées dans un projet d’attentat visant le siège parisien de Bank of America, ont été mises en examen cette semaine, que huit procédures pour terrorisme d’Etat étaient actuellement ouvertes, visant notamment l’Iran, la Russie et l’Algérie. «Sur le terrorisme d’État iranien, nous avons trois procédures actuellement en cours », a-t-il déclaré annonçant aussi avoir «cinq autres procédures qui sont principalement en lien avec la Russie et avec l’Algérie».
Les enquêtes en cours «s’inscrivent dans le même esprit», poursuit Olivier Christen qui n’a pas détaillé les dossiers qui concerneraient l’Algérie: «Ce sont plutôt ces pays étrangers qui ne vont pas forcément commettre des actions directement contre la population française, mais davantage contre leurs opposants sur le territoire (…) ».
C’est la première fois qu’un responsable français accuse directement l’Algérie de « terrorisme». La seule affaire qui pourrait être liée à du « terrorisme», selon les éléments de langages français est celle du supposé enlèvement du «terroriste» Amir Boukhors (Amir DZ) qui a conduit la France à interpeller et emprisonner un diplomate algérien. Une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre, et susciter la réaction ferme d’Alger.
Le 28 mars dernier, le chargé d’affaires de l’Ambassade de France à Alger a été convoqué au siège du ministère des Affaires étrangères pour protester, contre le renouvellement pour une durée supplémentaire d’une année, de la détention provisoire de l’agent consulaire algérien.
«Cette convocation a eu pour objet d’élever, dans les termes les plus fermes, une protestation contre le renouvellement, hier, pour une durée supplémentaire d’une année, de la détention provisoire d’un agent consulaire algérien», selon un communiqué des AE.
«L’attention du diplomate français a été fermement appelée sur le fait que l’agent consulaire algérien faisait déjà l’objet d’une détention provisoire d’une année et ce depuis le mois d’avril 2025, en dépit de son statut protégé au titre de la Convention de Vienne sur les relations consulaires de 1963», ajoute la même source soulignant que «dans ce même contexte, il lui a été fait part d’une très vive réprobation quant au traitement inqualifiable que subit l’agent consulaire algérien depuis son incarcération et qu’a permis de révéler la première visite consulaire autorisée dont il a bénéficié le 17 mars courant».
Alger a notifié par la même occasion au diplomate français que «cette décision difficilement justifiable ou recevable aura inévitablement des conséquences sur le cours normal des relations algéro-françaises».
Les déclarations d’Olivier Christen, intervenant dans un contexte déjà tendu, risquent d’exacerber davantage les tensions diplomatiques entre Alger et Paris. L’évocation de l’Algérie dans des affaires de «terrorisme d’État» pourrait en effet aggraver des relations déjà fragilisées par de récents différends politiques et judiciaires.
R.E
