Cette révision devrait tendre vers un accord de partenariat basé sur la règle gagnant-gagnant.
Le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, a reçu, dimanche à Alger, le chef de la délégation de l’Union européenne (UE) en Algérie, Diego Mellado. Selon un communiqué du ministère, la rencontre, tenue au siège du ministère, s’est déroulée en présence de l’ambassadrice du Royaume du Danemark en Algérie, Katrine From Hoyer, ainsi que de l’ambassadeur du Royaume d’Espagne en Algérie, Fernando Moran, précise la même source. Les échanges ont porté sur les moyens de renforcer la coopération économique et commerciale entre l’Algérie et l’Union européenne. Les parties ont réitéré leur engagement à œuvrer pour un partenariat équilibré, basé sur le principe du «gagnant-gagnant», et à ouvrir de nouvelles perspectives d’échanges et d’investissements. Cette rencontre intervient à quelques jours de la tenue de la 2e réunion de la commission mixte (CPM) entre l’Algérie et l’Union européenne (UE) qui se tiendra le 2 octobre prochain à Bruxelles. La réunion de cette commission mixte, à l’arrêt depuis des années, constitue un rendez-vous important puisque les deux parties auront à discuter de la révision de leur accord de partenariat. Un sujet qui est sur la table depuis un moment. Les deux parties devront aussi parler de coopération dans des domaines-clés comme l’énergie, le commerce et l’investissement.
Un accord asymétrique
L’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne constitue le cadre principal de leur coopération depuis son entrée en vigueur en 2005. Du côté algérien, cet accord est perçu comme asymétrique, étant donné qu’il a favorisé un déficit commercial chronique avec l’UE sans contribuer significativement à la diversification de l’économie algérienne. Selon le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, «l’Accord d’association est un boulet au pied de l’économie algérienne». Par exemple, l’Algérie est devenue un des grands exportateurs d’acier, et l’Union européenne est restée sur les infimes quotas accordés à notre pays quand il ne produisait rien. Alors que l’UE rechigne pour ainsi dire à assouplir ses normes et exigences pour faire un peu plus de place au «made in Algeria» sur son vaste marché qui plus est, géographiquement très proche, l’Algérie de son côté se voit souvent reprocher la mise en place de certaines restrictions à l’importation, établies justement pour protéger sa production locale et ses équilibres. Et c’est à ce titre que l’accord fait l’objet de débats réguliers sur la nécessité de le réadapter aux réalités économiques actuelles et aux aspirations de partenariat équitable. Initiée par l’Algérie, cette réévaluation ambitionne de refonder la relation sur des bases nouvelles, mieux adaptées au contexte économique et géopolitique actuel et surtout, prenant en compte les mutations profondes de l’économie algérienne. L’Algérie ne remet pas en cause l’architecture de l’accord, mais souhaite un rééquilibrage pragmatique de ses modalités d’application. Son objectif est de redynamiser la coopération. D’autant que la donne a changé. L’Algérie dont les exportations reposaient essentiellement sur les hydrocarbures, produit et exporte désormais une grande variété de produits manufacturés, agricoles, électroménagers et autres, tel que, l’a maintes fois souligné le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a indiqué que «l’accord sera révisé avec souplesse et dans un esprit amical, sans entrer en conflit».
Un bilan défavorable
Le constat d’insuffisance établi par le président de la République, s’agissant du résultat économique auquel a donné lieu l’accord d’association, est en soi indiscutable. Une évaluation de l’impact de l’accord sur le commerce extérieur du pays sur dix ans (2005-2015), publiée en 2022, a fait ressortir les manquements enregistrés. Le cumul des exportations algériennes hors hydrocarbures vers l’UE, premier partenaire du pays, n’a même pas atteint les 14 milliards (mds) de dollars durant cette décennie, alors que le cumul des importations algériennes auprès de l’UE s’est chiffré à 220 mds dollars, avec une moyenne annuelle de 22 mds de dollars. Le manque à gagner en droits de douane causé par le démantèlement tarifaire s’est élevé pendant la même période à 700 milliards de dinars. Pendant cette période, l’industrie algérienne a fortement reculé et les importations avaient culminé à 60 milliards de dollars par an. Parallèlement, l’UE refuse toute mesure prise par ses partenaires pour protéger leur économie.
En juin 2024, une procédure a été ouverte contre l’Algérie qui a pris des mesures souveraines de rationalisation de ses importations et de réglementation de ses investissements.
Saïd S.
