Une des raisons principales pour renégocier les termes de cet accord d’Association survenu dans une période défavorable pour l’Algérie qui sortait à peine d’une décennie sanglante : des perte sèches.
A cette époque, l’Algérie accusait un déficit commercial massif et un accès limité au marché européen et un faible investissement direct étranger. Aujourd’hui, l’Algérie demande une révision pour corriger ce déséquilibre, notamment en protégeant son industrie naissante et en diversifiant ses exportations, malgré une procédure d’arbitrage récente déclenchée par l’UE pour des restrictions algériennes incompatibles avec l’accord.
L’Algérie importe massivement de l’UE et réclame une révision pour équilibrer cette balance.
L’Accord a favorisé l’importation de produits européens, nuisant à l’industrie algérienne, qui n’avait pas les capacités d’exportation d’aujourd’hui (électroménager, produits manufacturés), selon le président Tebboune. Aussi, l’Algérie souhaite que ses nouveaux produits manufacturés puissent pénétrer plus facilement le marché européen, avec des ajustements tarifaires.
Selon un rapport de la Cour des comptes, le coût total des exonérations fiscales accordées par l’administration douanière en 2023 s’est élevé à 435,734 milliards de DA, dont 184,495 milliards de DA dans le cadre de l’Accord d’association avec l’Union européenne. Cet accord apparaît sur le papier comme favorable à l’Algérie, mais la réalité est tout autre : les pertes subies par l’Algérie du fait des avantages fiscaux prévus par cet accord sont estimées à près de 20 milliards de dollars sur la période allant de septembre 2005 au 31 décembre 2024, selon la Direction générale des douanes.
Les exonérations douanières accordées dans le cadre de l’Accord d’association avec l’Union européenne ont représenté près de la moitié du coût total des exonérations fiscales accordées par l’administration des douanes en 2023, ce qui impose la nécessité de réviser cet accord de manière à servir les intérêts des deux parties.
Lourd préjudice
Les pertes de l’Algérie résultant des avantages fiscaux accordés dans le cadre de l’Accord d’association avec l’Union européenne dépassent 2.000 milliards de DA, soit l’équivalent d’environ 20 milliards de dollars.
Certes, la balance commerciale a été favorable à l’Algérie, mais le problème réside dans la structure des exportations vers l’Union européenne, qui ont atteint 585 milliards de dollars et concernent essentiellement les hydrocarbures, des exportations garanties même en l’absence d’un accord d’association.
En revanche, environ 176 milliards de dollars d’importations européennes ont bénéficié d’avantages fiscaux dans le cadre de cet accord. L’accord prévoit un démantèlement progressif des droits de douane sur les biens et marchandises dans les deux sens.
Toutefois, les entreprises algériennes n’ont pas été en mesure de concurrencer leurs homologues européens, étant donné que l’économie nationale reposait majoritairement sur l’exportation de produits pétroliers.
Il y a un an, l’Algérie a annoncé son intention d’entamer la révision de l’Accord d’association qui la lie à l’Union européenne depuis près de 20 ans, en raison des lourds préjudices subis par le pays du fait de son application, dans un contexte où les produits algériens n’étaient pas en mesure de concurrencer sur les marchés européens.
Cela a transformé l’Algérie en simple marché d’écoulement des produits européens, ce qui va à l’encontre de la logique de partenariat. Ces dernières années, l’Union européenne a exprimé son mécontentement face aux politiques algériennes jugées restrictives à l’égard des exportations de ses États membres.
L’Algérie a justifié ces mesures par la nécessité de protéger son économie et de préserver ses réserves en devises après leur forte baisse.
Malgré les protestations liées à la diminution de la valeur totale des exportations de l’Union européenne vers l’Algérie, passées de 22,3 milliards d’euros en 2015 à 14,9 milliards d’euros en 2023, l’Union européenne demeure le principal partenaire de l’Algérie, représentant actuellement environ 50,6 % de ses échanges commerciaux internationaux.
En juillet 2025, la Commission européenne a lancé une procédure d’arbitrage contre l’Algérie pour des mesures restrictives jugées contraires à l’accord (accès au marché, investissements). Alger a qualifié cette démarche d’unilatérale, demandant une session du Conseil d’association pour «réévaluer l’accord dans son ensemble, soulignant que le texte actuel est dépassé».
L’Algérie cherche à transformer l’accord pour qu’il reflète sa nouvelle capacité industrielle, passant d’un statut de pays peu exportateur à celui d’un partenaire capable d’exporter divers produits. Les discussions portent sur l’adaptation des clauses tarifaires pour soutenir l’industrie locale et diversifier les échanges, dans un esprit de coopération.
M.T.
