Il aura suffi d’un veto russe pour que la diplomatie arabe redécouvre les vertus morales du silence. Silence exquis. Sagesse des palais où l’on sait applaudir sans les mains, protester sans la voix et défendre les principes à condition qu’ils ne dérangent pas le maître.
À New York, Moscou a opposé son niet à Washington. Un mot, quatre lettres, plutôt deux. Et voilà les certitudes diplomatiques sens dessus dessous. Dans certaines capitales arabes, les téléphones ont dû sonner longtemps avant que quelqu’un ose s’en approcher.
Comment condamner la Russie sans froisser Moscou?
Comment saluer Washington sans enterrer le droit des peuples?
Et surtout, comment défendre le dernier colonisateur de l’Afrique sans contrarier l’Algérie?
Terrible métier que celui de diplomate lorsqu’il faut posséder une colonne vertébrale !
L’Algérie, elle, n’a pas eu besoin de consulter les astres ni les cours du pétrole pour camper sur sa position. On peut discuter ses choix, contester sa diplomatie, mais difficile de lui reprocher de changer de boussole à chaque escale… américaine.
Quant à la Russie, elle vient de rappeler une vérité que les salons feutrés préfèrent oublier. Le Conseil de sécurité n’est pas un bureau d’ordre du département d’État. Le veto n’a pas réglé le conflit sahraoui, loin de là. Mais il a empêché qu’une proposition, américaine soit-elld, devienne, par la seule magie d’un vote, une vérité universelle.
Et notre monde arabe? Magnifique orchestre sans partition commune! Certains jouent la marche de Washington, d’autres fredonnent l’hymne du Makhzen, tandis que les plus habiles attendent de connaître le vainqueur pour découvrir qu’ils l’ont toujours soutenu.
On invoque volontiers la Palestine, l’autodétermination, la justice et la dignité des peuples. Mais lorsque ces grands mots arrivent aux portes du Sahara occidental, ils doivent parfois présenter un visa diplomatique.
Le plus savoureux reste cette géométrie variable des convictions. Un principe est sacré ici, encombrant là-bas, négociable ailleurs. À croire que le droit international possède désormais plusieurs éditions, chacune imprimée selon les préférences du client.
Moscou a dit non. Alger a maintenu son cap. Et le monde arabe commence onsulte encore le protocole pour savoir s’il convient de murmurer quelque chose.
Dans cette diplomatie des révérences, le courage n’est pas toujours de parler fort. Il consiste parfois à ne pas changer de discours lorsque change le maître de cérémonie.
Au royaume des communiqués prudents, même le silence demande l’autorisation de Washington.
S. Méhalla
