Les pressions autour du Sahara occidental dépassent le conflit et touchent directement aux équilibres stratégiques de l’Algérie.
À l’approche du vote du Conseil de sécurité de l’ONU sur le mandat de la Minurso, l’ancien ministre et ambassadeur Abdelaziz Rahabi met en garde contre une évolution du processus politique susceptible, selon lui, de marginaliser le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et de bouleverser les équilibres en Afrique du Nord.
Dans une publication sur sa page officielle facebook, l’ancien diplomate dénonce les pressions exercées par les États-Unis et la France pour faire du plan d’autonomie marocain la base incontournable du règlement du conflit. Il estime que cette orientation risque de transformer le processus onusien en un mécanisme de validation d’une solution prédéterminée, au détriment du libre choix des Sahraouis.
Au centre de ses préoccupations figure l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), créée en avril 1991 dans le cadre du processus de règlement du conflit entre le Maroc et le Front Polisario. Rahabi redoute une réduction de ses prérogatives, jusqu’à l’abandon de sa mission liée à l’organisation d’un référendum, voire la fin de ses fonctions de maintien de la paix avant mai 2027. Une perspective qui, à ses yeux, consacrerait un changement majeur dans la gestion internationale du dossier.
Il rappelle que le cessez-le-feu de 1991 s’inscrivait dans une démarche devant conduire à une consultation populaire sur le statut du territoire. Or, plus de trois décennies après, le référendum demeure sans concrétisation, tandis que les initiatives diplomatiques privilégient désormais, selon lui, les paramètres du plan marocain.
Le plan d’autonomie au cœur des tensions
L’ancien ambassadeur critique la position des puissances occidentales qui présentent le plan d’autonomie proposé par Rabat comme la seule base de négociation possible. Il considère qu’une telle condition restreint les marges de discussion et compromet la recherche d’une solution mutuellement acceptable, en imposant à l’avance le cadre du règlement.
Rahabi s’interroge également sur l’évolution du rôle de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura. Il voit dans la recherche de nouveaux interlocuteurs sahraouis, jugés plus conciliants, un risque de marginalisation du Front Polisario, acteur central du processus politique et représentant du peuple sahraoui reconnu dans ce cadre par les Nations unies.
Il évoque, dans ce contexte, des initiatives visant à promouvoir une représentation alternative des Sahraouis, parallèlement au Polisario. Il dénonce aussi les tentatives de certains responsables américains de présenter le mouvement indépendantiste comme une organisation terroriste. Ces démarches, selon son analyse, participeraient d’une stratégie d’influence destinée à modifier les termes politiques du conflit.
L’Algérie dans le viseur
Pour Rahabi, les enjeux dépassent le seul avenir du Sahara occidental. L’Algérie serait indirectement ciblée par une stratégie visant à la présenter comme un soutien à un mouvement qualifié de terroriste et comme un relais de l’Iran dans la région. L’ancien diplomate établit un lien entre ces pressions et la décision américaine du 10 décembre 2020 de reconnaître la souveraineté marocaine sur le territoire, dans le contexte de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël.
Il estime que l’Algérie et le Front Polisario supportent une partie du coût diplomatique de cet arrangement, dont les répercussions pourraient peser durablement sur les équilibres régionaux.
L’avenir des réfugiés sahraouis constitue un autre volet de ses préoccupations. Accueillis en Algérie depuis plusieurs décennies, ils doivent, selon lui, conserver leur droit au retour et à l’autodétermination. Rahabi met en garde contre des solutions fondées sur des financements internationaux et des choix individuels qui pourraient, estime-t-il, détourner l’attention du règlement politique du conflit. Il rappelle également la responsabilité historique de l’Espagne, ancienne puissance administrante, après son retrait du territoire en 1975.
Rahabi plaide pour le respect du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et dénonce les pressions américaines visant à imposer le plan d’autonomie marocain. Il appelle à des négociations sans conditions préalables et à une consultation libre des Sahraouis, mettant en garde contre une reconfiguration de l’Afrique du Nord au détriment de leurs droits.
Assia M.
