La présence du président de la République revêt un enjeu diplomatique particulier, dans un contexte de recomposition des alliances internationales et de consolidation de l’influence russe en Afrique.
Le troisième Sommet Russie-Afrique, prévu les 28 et 29 octobre à Moscou, devrait réunir au moins 17 chefs d’État africains. Alors que plusieurs dirigeants ont déjà confirmé leur participation, les autorités russes attendent encore la réponse de cinq pays, dont l’Algérie. La présence d’Abdelmadjid Tebboune serait particulièrement suivie au regard des relations politiques, diplomatiques et militaires entre Alger et Moscou.
Parmi les dirigeants annoncés figurent les trois chefs d’État de l’Alliance des États du Sahel (AES) : Ibrahim Traoré, du Burkina Faso, Abdourahamane Tiani, du Niger, et Assimi Goïta, du Mali. Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, est également attendu. Fin septembre, une délégation russe s’était rendue à Bangui pour préparer le sommet et évoquer notamment un éventuel don de carburant.
Le président tchadien, Mahamat Idriss Déby, a confirmé sa présence, tout comme Félix Tshisekedi, de la République démocratique du Congo (RDC), Paul Kagame, du Rwanda, et Denis Sassou-Nguesso, du Congo. Leur participation intervient dans un contexte de tensions persistantes autour du conflit dans l’est de la RDC.
Le président kényan, William Ruto, a lui aussi confirmé sa venue, après avoir envisagé d’envoyer son Premier ministre. Les relations entre Nairobi et Moscou ont notamment été marquées par des controverses liées au recrutement de ressortissants kényans pour combattre sur le front ukrainien.
L’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, et le président sud-soudanais, Salva Kiir, figurent également parmi les dirigeants annoncés. Sont aussi attendus le général Horta N’Tam, en Guinée-Bissau, la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan et le président malgache Michaël Randrianirina. Le Burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, et l’Ougandais Yoweri Museveni complètent cette liste.
Selon le média togolais Matin Libre, Moscou attend encore les réponses de cinq dirigeants : Abdelmadjid Tebboune, pour l’Algérie, Mohamed el-Menfi, pour la Libye, Bola Tinubu, pour le Nigeria, Teodoro Obiang Nguema, pour la Guinée équatoriale, et Emmerson Mnangagwa, pour le Zimbabwe.
La participation du président algérien reste donc à confirmer, alors que les autorités russes ont exprimé à plusieurs reprises leur souhait de le voir prendre part personnellement à cette rencontre.
Moscou mise sur le partenariat algérien
En juin dernier, en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), l’ambassadeur d’Algérie en Russie, Toufik Djouama, avait souligné l’intérêt d’Alger pour le développement des relations avec le continent africain. Dans une déclaration à l’agence TASS, il avait affirmé que les relations russo-africaines recelaient de « vastes possibilités de coopération », susceptibles de donner « une impulsion puissante au développement de l’Afrique dans son ensemble ».
En mars, Alexandre Venediktov, secrétaire adjoint du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, avait également exprimé l’espoir de voir Abdelmadjid Tebboune participer au sommet. « Nous espérons que le président algérien Abdelmadjid Tebboune pourra prendre part personnellement au troisième sommet Russie-Afrique, prévu les 28 et 29 octobre de cette année », avait-il déclaré, selon des propos rapportés par TASS.
À la veille de cette rencontre, le président russe, Vladimir Poutine, a de nouveau mis en avant la solidité des relations entre les deux pays. Cité par Russia Today (RT), il a qualifié l’Algérie de « l’un de nos plus proches amis et alliés », insistant sur la fiabilité du partenariat bilatéral et sur son étendue, au-delà du seul secteur agroalimentaire.
Dans un contexte de recomposition des alliances internationales, une éventuelle participation d’Abdelmadjid Tebboune serait ainsi observée à l’aune des relations historiques entre Alger et Moscou, notamment dans les domaines politique, diplomatique et militaire. Son absence éventuelle ne suffirait toutefois pas, à elle seule, à traduire une inflexion de la position algérienne.
Moscou veut consolider ses positions en Afrique
Au-delà du rassemblement diplomatique, la Russie entend consolider ses partenariats et sa présence sur le continent africain. Au Sahel et en Afrique centrale, cette stratégie repose notamment sur des accords militaires, des livraisons d’armes, des programmes de formation et une assistance aux forces armées.
Le sommet se tient dans un contexte de rapprochement entre Moscou et les pays de l’AES, marqué par le recul de l’influence française au Sahel et la redéfinition des partenariats sécuritaires. Pour le Mali, le Niger et le Burkina Faso, les relations avec la Russie occupent désormais une place importante dans leurs orientations militaires et diplomatiques.
Smail Rouha
